{"id":617,"date":"2016-04-21T07:37:56","date_gmt":"2016-04-21T06:37:56","guid":{"rendered":"http:\/\/francis-berezne.net\/?page_id=617"},"modified":"2016-04-21T07:48:57","modified_gmt":"2016-04-21T06:48:57","slug":"617-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/francis-berezne.net\/?page_id=617","title":{"rendered":"Sur Francis"},"content":{"rendered":"<section id=\"builder-section-1461220786182\" class=\"builder-section builder-section-first builder-section-text builder-section-last builder-text-columns-2\" style=\"\">\n<div class=\"builder-section-content\">\n<div class=\"builder-text-column builder-text-column-1\" id=\"builder-section-1461220786182-column-1\">\n<div class=\"builder-text-content\">\n<h3>Francis B\u00e9rezn\u00e9 par Loretta Lou<\/h3>\n<h5><em>Antirouille<\/em> n\u00b0 13 (novembre 2014)<\/h5>\n<p>Tu nous avais invit\u00e9s \u00e0 d\u00eener un soir dans ta petite maison blanche d&rsquo;Annoville toute de pl\u00e2tre et d&rsquo;objets \u00e9tranges, une soupe simple et bonne, et tu avais achet\u00e9 des cacahu\u00e8tes \u00e0 l&rsquo;\u00e9picerie aussi pour commencer. Finalement, tu les avais toutes mang\u00e9es avant notre arriv\u00e9e, et tu riais de toi, de ton aveu et de ta gourmandise d\u00e9sinvolte.<\/p>\n<p>Francis, tu \u00e9tais arriv\u00e9 comme \u00e7a, par hasard devant la porte de la maison, tu cherchais une amie dans le hameau du bourg, tu \u00e9tais un voisin que nous ne connaissions pas encore. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas ici mais tu ne t&rsquo;es pas fait prier pour entrer prendre le caf\u00e9. Depuis \u00e7a, tu avais pris cette habitude de venir chaque jour ou presque, m\u00eame trop souvent. Tu nous as tout de suite racont\u00e9 \u00e0 qui nous avions affaire, avec ta mani\u00e8re bien \u00e0 toi, espi\u00e8gle et g\u00e9n\u00e9reuse, combien tu avais \u00e9t\u00e9 fou, un tr\u00e8s grand fou, pendant si longtemps.<\/p>\n<p>Tu m&rsquo;as montr\u00e9 ta peinture, tes sculptures, ton cin\u00e9ma, tes \u00e9critures, tes projets&#8230; dans ton garage atelier dont tu \u00e9tais si fier d&rsquo;avoir r\u00e9cemment isol\u00e9 les murs, si grossi\u00e8rement, que j&rsquo;en souriais discr\u00e8tement. Tu as tent\u00e9 de m&rsquo;expliquer l\u2019art brut, sa r\u00e9cup\u00e9ration, mais Alo\u00efse, W\u00f4lfli, Chaissac et bien d&rsquo;autres &#8230; et tu m&rsquo;as propos\u00e9 de me peindre pour r\u00e9compenser ma patience de cancre.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Quand on a commenc\u00e9 les travaux \u00e0 la maison et que notre plafond s&rsquo;est transform\u00e9 en un quadrillage hasardeux de bandes placopl\u00e2tre qui attendait son blanc, tu m&rsquo;as demand\u00e9 pourquoi continuer, que c&rsquo;\u00e9tait bien comme \u00e7a, parce qu&rsquo;avec tout ce blanc enfin, nous n&rsquo;aurions alors plus rien \u00e0 regarder &#8230; J&rsquo;y repense souvent \u00e0 pr\u00e9sent quand l&rsquo;envie me prend de ranger mes fatras &#8230;<\/p>\n<p>Tu parlais beaucoup de toi, tu t&rsquo;endormais souvent devant les conversations des autres mais tu t&rsquo;\u00e9merveillais de peu. Tu ne frappais jamais avant d&rsquo;entrer, tu r\u00e9veillais nos grasses matin\u00e9es de sonneries d&rsquo;appels sans importance et combien de fois mon c\u0153ur a sursaut\u00e9 de tes visites impudiques pour laisser place finalement au bonheur de retrouver ta belle humeur fac\u00e9tieuse. Tu avais tant \u00e0 dire et \u00e0 partager et je n&rsquo;avais pas vu \u00e0 quel point tu avais pass\u00e9 de solitude \u00e0 comprendre&#8230;<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais enceinte quand on t&rsquo;a retrouv\u00e9 pendu et c&rsquo;est la col\u00e8re qui m&rsquo;a mordue la premi\u00e8re.<\/p>\n<p>Et j&rsquo;ai repens\u00e9, va savoir pourquoi, \u00e0 toutes ces pommes que tu venais me voler au petit matin, quand mes envies n&rsquo;\u00e9taient pas encore lev\u00e9es et que dans ma cuisine, je d\u00e9couvrais avec frayeur ton larcin sans scrupules dont je n&rsquo;ai jamais os\u00e9 m&rsquo;indigner devant toi. Seulement quatre ans apr\u00e8s j&rsquo;ai lu tes livres, et je me suis aper\u00e7u \u00e0 quel point ta lucidit\u00e9 d\u00e9passait mes soup\u00e7ons et que tu d\u00e9crivais mieux encore avec tes mots, mes sentiments dont j&rsquo;aurais voulu t&rsquo;accuser.<\/p>\n<p>Francis, je ne t&rsquo;en veux plus et je ne veux pas m&rsquo;en vouloir de ne pas avoir vu que les ombres de ton pass\u00e9 chatouillaient ton esprit \u00e0 nouveau trop encore. Mais tes filouteries me manquent et j&rsquo;aurais voulu tellement que tu me parles encore de toi, de ton travail que je d\u00e9couvre encore tant il est vaste, et que tu puisses jeter, pourquoi pas, un \u0153il amus\u00e9 sur nos mots \u00e0 t\u00e2tons pos\u00e9s ici et l\u00e0 sur ces quelques pages de libert\u00e9.<\/p>\n<p><strong>par Loretta Lou<\/strong><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<div class=\"builder-text-column builder-text-column-2\" id=\"builder-section-1461220786182-column-2\">\n<div class=\"builder-text-content\">\n<h3>Francis B\u00e9rezn\u00e9 par Pascal Cr\u00e9t\u00e9<\/h3>\n<p><em>Institutions\u00a0<\/em> n\u00b0 47 &#8211; revue de psychoth\u00e9rapie institutionnelle<\/p>\n<p>Au milieu du fleuve existe un territoire que la g\u00e9ographie et l&rsquo;Histoire ignorent, o\u00f9 nous vivons, isol\u00e9s, insoumis, marginaux, atteints de jolie douce, nous agitant de mouvements incompr\u00e9hensibles sous les yeux des gens du Continent. Une foule invisible, mass\u00e9e le long des berges, nous observe avec curiosit\u00e9. Les avortons mal finis, presque humains que nous sommes, s&rsquo;y d\u00e9chirent \u00e2prement entre deux tr\u00eaves, divergent infiniment de points de vue et de mani\u00e8res de vivre.<br \/>Francis B\u00e9rezn\u00e9, quatri\u00e8me de couverture de J&rsquo;entre enfin<br \/>\u00a0 <br \/>\u00a0 Francis B\u00e9rezn\u00e9 (1946-2010) nous a quitt\u00e9s derni\u00e8rement, sans dire mot. Nous avions tait connaissance lors d&rsquo;une journ\u00e9e de formation organis\u00e9e par UTOPSY \u00e0 l&rsquo;adresse des internes en psychiatrie pour leur parler d&rsquo;une \u00ab autre psychiatrie \u00bb ; une amiti\u00e9 nous liait depuis cette rencontre. Lors de cette journ\u00e9e, Marie-Odile Supligeau et moi-m\u00eame avions \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par la fulgurance de la parole de Francis qui avait t\u00e9moign\u00e9 face \u00e0 ces psychiatres en herbe, sans complaisance ni d\u00e9tour, de son lien \u00e0 la Psychoth\u00e9rapie Institutionnelle en tant que \u00ab consommateur \u00bb comme il disait ; le titre de son intervention, \u00ab D&rsquo;une institution l&rsquo;autre \u00bb situait bien cette question des limites, \u00eatre malade, fou, ne plus l&rsquo;\u00eatre, le dedans et le dehors, qui soigne qui ?&#8230;<br \/>\u00a0 Pour avoir s\u00e9journ\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 La Borde, il connaissait de l&rsquo;int\u00e9rieur ce que le mot Psychoth\u00e9rapie Institutionnelle veut dire, l&rsquo;extr\u00eame complexit\u00e9 d&rsquo;une organisation collective, la question toujours pr\u00e9sente du lien \u00e0 l&rsquo;autre, du prendre soin ensemble. F.n d&rsquo;autres temps, il avait connu \u00ab l&rsquo;enfermement \u00bb dans des services de psychiatrie, il en avait t\u00e9moign\u00e9 dans son livre La m\u00e9moire saisie d&rsquo;un tu.<br \/>\u00a0 Francis avait choisi de vivre \u00e0 Annoville, pr\u00e8s de Coutances dans la Manche, \u0153uvrant \u00e0 la restauration de sa maison et \u00e0 la cr\u00e9ation de son atelier de peintre. Nous nous croisions souvent \u00e0 Paris, au s\u00e9minaire de Jean Oury, parfois \u00e0 Caen lors de rencontres culturelles. Je me souviens de son plaisir de participer au Salon du Livre o\u00f9 il pr\u00e9sentait \u00a0 <br \/>ses ouvrages, aussi quelques reproductions de dessins et peintures. Homme d&rsquo;art, Francis \u00e9tait habit\u00e9 par la peinture.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/section>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Francis B\u00e9rezn\u00e9 par Loretta Lou Antirouille n\u00b0 13 (novembre 2014) Tu nous avais invit\u00e9s \u00e0 d\u00eener un soir dans ta petite maison blanche d&rsquo;Annoville toute de pl\u00e2tre et d&rsquo;objets \u00e9tranges, une soupe simple et bonne, et tu avais achet\u00e9 des cacahu\u00e8tes \u00e0 l&rsquo;\u00e9picerie aussi pour commencer. 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