{"id":200,"date":"2016-04-17T09:06:28","date_gmt":"2016-04-17T08:06:28","guid":{"rendered":"http:\/\/francis-berezne.net\/?p=200"},"modified":"2016-04-17T15:55:47","modified_gmt":"2016-04-17T14:55:47","slug":"peintures","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francis-berezne.net\/?p=200","title":{"rendered":"Peintures"},"content":{"rendered":"<div><span style=\"color: #008000;\">FICHIER DAT\u00c9 DU 4 AVRIL 2005<\/span><\/div>\n<h3>XAVIER DRONG<\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"> Dire, ou peindre comme Xavier Drong, avec autant de na\u00efvet\u00e9 et d\u2019aplomb que la peinture c\u2019est de la merde, au mieux du sexe, n\u2019est pas sans charme. Les formes organiques, \u00e9trons violets sur le point d\u2019\u00eatre expuls\u00e9s, ou sexes se comp\u00e9n\u00e9trant dans des couleurs de bonbons roses, verts et jaunes, ont ceci de fascinant qu\u2019ils ne se peuvent voir dans la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 moins de diss\u00e9quer les corps, ou de consid\u00e9rer qu\u2019on est seulement en pr\u00e9sence de l\u00e9gumes, courgettes, aubergines et poivrons jet\u00e9s en vrac sur la table d\u2019une cuisine. Cette r\u00e9f\u00e9rence aux images anatomiques ambigu\u00eb car aussit\u00f4t d\u00e9mentie, et le format inhabituel pour ce sujet, les toiles sont plut\u00f4t grandes, d\u00e9place de fa\u00e7on s\u00e9duisante la question du corps vers des r\u00e9gions heureuses, mais plus alimentaires que celles qui hantent ses a\u00een\u00e9s, tourment\u00e9s par les horreurs de la guerre, la violence du monde et les angoisses de la sexualit\u00e9.<\/span><\/p>\n<h3>CONVERSATION AVEC MON VOISIN<\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0 Mon voisin n\u2019entend pas rien \u00e0 la peinture, d\u2019ailleurs il a souffert un peu du bruit, pas trop, quand j\u2019ai construit mon atelier. Il a perdu aussi une vue imprenable sur une rang\u00e9e de peupliers, mais de chez lui on aper\u00e7oit encore le haut des frondaisons par dessus mon toit. Tout le monde sait que le manque est le moteur de la cr\u00e9ation sinon l\u2019angoisse. Pourtant il n\u00e9glige obstin\u00e9ment l\u2019art, pour d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 sa ni\u00e8ce, me raconte-t-il, le soin de repr\u00e9senter le monde. Elle a \u00e9tudi\u00e9 deux ans \u00e0 l\u2019\u00e9cole des Beaux Arts, depuis en \u00e9pousant un p\u00e2tissier est devenue p\u00e2tissi\u00e8re. Quel magnifique destin pour une artiste que de triturer des p\u00e2tes, de glacer du sucre, de monter des pi\u00e8ces. Depuis encore, car elle a \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9 de sa p\u00e2tisserie, les peintres ont toujours de ces gal\u00e8res, elle s\u2019occupe de charolaises, et pour ne pas perdre la main ni s\u2019emp\u00eacher de faire valoir ses talents elle d\u00e9core des bidons de lait. Il faut voir l\u2019enthousiasme de mon voisin quand il me d\u00e9crit les lignes de fuite qui concourent vers la ferme universelle, qu\u2019elle a sans doute intens\u00e9ment r\u00eav\u00e9, reproduite par ses soins sur des objets non moins modernes qu\u2019un urinoir. Elle peint donc ce qu\u2019elle sait, et tout le monde ne peut pas en dire autant. De plus elle ne prend pas trop cher. Combien ? Pas trop cher. J\u2019imagine d\u00e9j\u00e0 une formidable exposition, installation de bidons de lait dans les salles immenses de Beaubourg, ou bien un grand tableau, le seuil d\u2019une porte donnant sur un chemin, un champ de bl\u00e9, quelques corbeaux, et \u00e0 demi cach\u00e9 par le chambranle, le bidon de lait, son trompe l\u2019oeil paysan. Voila une mise en ab\u00eeme, une mani\u00e8re de d\u00e9rision, qui r\u00e9jouirait plus d\u2019un critique. Mais fort heureusement je n\u2019ai pas vraiment\u00a0 les moyens de satisfaire mes id\u00e9es stupides.<\/span><\/p>\n<h3>EN BOURGOGNE NOUVELLES D&rsquo;ITALIE<\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"> Chez des amis en Bourgogne qui ont l\u00e0-bas une tr\u00e8s belle maison et un jardin qu\u2019il faut voir, je trouvais accroch\u00e9s au dessus de la cuisini\u00e8re, puis dans une chambre pr\u00e8s de la fen\u00eatre, enfin dans un couloir, quelques petits tableaux, des paysages, des vues de parcs si fra\u00eeches, si intelligemment color\u00e9es, que j\u2019en faisais la remarque \u00e0 mon amie. C\u2019est une vue du parc de Sceau me dit-elle, et non d\u2019Italie, comme on pourrait le penser. Je la crus volontiers, mais \u00e0 y repenser je me dis que seul un Italien ou une Italienne pouvait poser des couleurs de fa\u00e7on aussi intelligible. Les verts \u00e9taient si heureusement distribu\u00e9s, et les jaunes, les gris, les bleus, et toutes les couleurs si ressemblantes, qu\u2019on identifiait sans la moindre h\u00e9sitation les pelouses et les parterres de fleurs, les arbres et les haies, les balustrades, les constructions et les statues. Pour avoir vu une jeune \u00e9tudiante Italienne travailler \u00e0 reproduire, \u00e0 interpr\u00e9ter aussi des peintures anciennes, et qui m\u2019avait \u00e9tonn\u00e9 par son habilet\u00e9 et son assurance, sa droiture \u00e0 tout bien signifier le plus simplement du monde, je veux imaginer devant ces petits tableaux d\u2019un jardin de France qu\u2019ils sont de facture italienne. Dans un pays o\u00f9 l\u2019histoire de l\u2019art est une seconde nature, il est normal que le plus modeste des \u00e9tudiants, la plus na\u00efve des \u00e9tudiantes, le plus simple artisan sache tenir un pinceau clair et limpide.<\/span><\/p>\n<h3><span style=\"font-size: 12pt;\">ART CONTEMPORAIN<\/span><\/h3>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0 Je n\u2019ai jamais d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de comprendre quelque chose aux fondements de l\u2019art contemporain, C\u2019est France-culture qui m\u2019\u00e9claira, en particulier Nathalie Heinig que je ne connaissais pas, qui voulu bien entretenir les auditeurs un jour de cet art. Elle voit dans l\u2019histoire de l\u2019art une succession de genres, le dernier en date, le genre contemporain consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019expression des limites, venant apr\u00e8s celui de l\u2019art moderne tout entier tourn\u00e9 vers la peinture du monde int\u00e9rieur de l\u2019artiste. Du coup cela me paru lumineux, comme une ouverture enfin sur les productions d\u2019aujourd\u2019hui, je ne dis pas toutes. Et je comprenais que cette d\u00e9marche \u00e9tait justifi\u00e9e, l\u2019artiste apr\u00e8s ne s\u2019\u00eatre jamais oubli\u00e9, comme voyant son monde int\u00e9rieur en peignant, ses mains qui tiennent le pinceau, ses pieds crois\u00e9s quand il est assis et l\u2019ombre de ses sourcils quand il doute, s\u2019affranchissant enfin de ces limites. Le voil\u00e0 qui donne alors \u00e0 voir des formes pr\u00e9cises aux limites tranch\u00e9es et franches, mais dont les s\u00e9ries pourraient s\u2019\u00e9tendre dans tous les sens si l\u2019espace de l\u2019art en soi n\u2019\u00e9tait pas compt\u00e9. La r\u00e9p\u00e9tition de ces formes et de ces s\u00e9ries, lassante \u00e0 la longue je n\u2019en d\u00e9mordrai pas, comme un effacement des rep\u00e8res d\u2019espace et de temps, comme le refus de laisser para\u00eetre aucune variation d\u2019humeur, aucune perturbation venue du monde int\u00e9rieur ou m\u00eame ext\u00e9rieur. Et nous serions, me dis-je un peu de mauvaise foi, revenus au point de d\u00e9part. Les limites in\u00e9vitables de ces oeuvres signifiant comme jamais on ne l\u2019avait fait auparavant les limites de l\u2019artiste, et celles de son monde int\u00e9rieur. Peut-\u00eatre l\u2019Art contemporain arrive-t-il \u00e0 un moment o\u00f9 l\u2019homme commence \u00e0 penser les conditions de sa pens\u00e9e plus exactement aujourd\u2019hui, entrevoit que cela peut se faire scientifiquement jusqu\u2019\u00e0 un certain point, et pour mieux voir o\u00f9 se trouve ce point, suppose en pr\u00e9alable une absence de limites. Il y a l\u00e0 un effort que j\u2019appr\u00e9cie aujourd\u2019hui, dont je vois l\u2019int\u00e9r\u00eat, dessinant un horizon lointain que je pourrai un jour tenter d\u2019atteindre, si la vie et les \u00e9v\u00e9nements m\u2019en laissent le temps<\/span>.<\/p>\n<h3>BUREN<\/h3>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Les rayures de Buren et les dessins sur la fa\u00e7ade du D\u00f4me de Florence ne sont pas sans rapport, je vais vous dire lequel. Alors que les \u00e9glises \u00e9taient peintes \u00e0 la Renaissance de fresques sur leurs murs int\u00e9rieurs, ou d\u00e9cor\u00e9es de tableaux, l\u2019ext\u00e9rieur \u00e9tait souvent orn\u00e9 de motifs architecturaux g\u00e9om\u00e9triques, motifs simples et vari\u00e9s pouvant embrasser l\u2019architecture enti\u00e8re. A voir les colonnes de Buren au Palais Royal, l\u2019alternance des ardoises noires et d\u2019un agglom\u00e9r\u00e9 clair fa\u00e7on comblanchien, je me souviens des motifs contrast\u00e9s du D\u00f4me et d\u2019autres architectures Florentine. Tout le monde sait que les mus\u00e9es sont les \u00e9glises d\u2019aujourd\u2019hui, et que les installations in situ sont leurs ic\u00f4nes, leurs ornements, leur prolongement, leurs antennes, leur raison d\u2019\u00eatre, leur justification, s\u2019accommodant parfois sans probl\u00e8me de la vitesse et de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, ne durant pas plus longtemps qu\u2019une voiture ou qu\u2019une machines \u00e0 laver, moins longtemps encore, ne laissant d\u2019eux aucune trace, sinon leurs photos. Voici l\u2019art ne voulant plus rien conna\u00eetre de l\u2019instinct de durer, int\u00e9riorisant le dehors, ext\u00e9riorisant le dedans, devenant enfin totalement intelligent de ses probl\u00e8mes, se confondant aussi avec les solutions. Et pourquoi pas ? Sauf que Beaubourg exhibe en fa\u00e7ade son squelette et ses visc\u00e8res, un peu comme les insectes auxquels on ne peut pas reprocher de ne pas vouloir durer, sauf que les colonnes de Buren sont l\u00e0 pour longtemps et tant mieux.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>FICHIER DAT\u00c9 DU 4 AVRIL 2005 XAVIER DRONG Dire, ou peindre comme Xavier Drong, avec autant de na\u00efvet\u00e9 et d\u2019aplomb que la peinture c\u2019est de la merde, au mieux du sexe, n\u2019est pas sans charme. 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