{"id":229,"date":"2016-04-17T09:52:49","date_gmt":"2016-04-17T08:52:49","guid":{"rendered":"http:\/\/francis-berezne.net\/?p=229"},"modified":"2016-04-17T15:51:56","modified_gmt":"2016-04-17T14:51:56","slug":"le-schizo-et-les-langues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francis-berezne.net\/?p=229","title":{"rendered":"Le schizo et les langues"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: 8pt; color: #008000;\">Fichier du 25 mai 2009<\/span><\/p>\n<h3>Le schizo et les langues. Le dossier Wolfson<\/h3>\n<p style=\"text-indent: 20px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ce que raconte et d\u00e9crit Louis Wolfson r\u00e9sonne vivement en moi, pour avoir connu un \u00e9pisode psychotique assez semblable, mais qui a dur\u00e9 moins longtemps, et qui n\u2019a pas produit ce livre magnifique, courageux et dr\u00f4le\u00a0: Le Schizo et les langues<\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 20px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Les conditions d\u2019\u00e9criture sont simples. Wolfson, qui ne fait pas confiance aux psychiatres ni \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour le gu\u00e9rir de sa maladie, en tous cas pour apaiser ses souffrances, fuit l\u2019asile et se r\u00e9fugie chez sa m\u00e8re. Mais comme il se sait schizophr\u00e8ne, il d\u00e9cide d\u2019y aller voir de pr\u00e8s, par ses propres moyens, \u00e0 ses risques et p\u00e9rils. L\u2019appartement familial lui offre un espace de vie bien meilleur que celui de l\u2019h\u00f4pital. Il peut en faire \u00e0 sa guise, entrer, sortir, travailler, \u00e9tudier, \u00e9couter de la musique, manger quand il le veut. Mais cet espace n\u2019est pas un territoire s\u00fbr, il y est toujours menac\u00e9 d\u2019une nouvelle hospitalisation. C\u2019est donc une parenth\u00e8se, insupportable (les paroles de sa m\u00e8re le font souffrir atrocement) mais d\u00e9licieuse aussi ( il est encore libre, il n\u2019a pas \u00e0 ob\u00e9ir, il n\u2019est toujours pas emmerd\u00e9 par les soignants) qu\u2019il lui faut faire durer le plus longtemps possible, du mieux possible. Malade de l\u2019anglais de sa m\u00e8re, malade de l\u2019espace, et malade du temps, pour r\u00e9sister au fait que son temps chez sa m\u00e8re est compt\u00e9, il d\u00e9coupe chaque gestes, chaque fait, chaque parole, chaque situation en une multitude d\u2019unit\u00e9s de toutes sortes, de toutes cat\u00e9gories, mais surtout linguistiques, pour parvenir \u00e0 ne jamais venir \u00e0 bout de la moindre dur\u00e9e, qui pourra de nouveau \u00eatre red\u00e9coup\u00e9 en une multitude de petits faits, linguistiques ou sociaux. Des mots dans des mots dans des mots dans des mots. Des mots, (voire des lettres) \u00e0 l\u2019infini, les uns dans les autres, \u00e0 la place des autres, pour faire durer infiniment un temps qu\u2019il sait fini. Les temps et les modes que Wolfson utilise de fa\u00e7on sinon inappropri\u00e9e, du moins de fa\u00e7on tr\u00e8s bizarre pour raconter et d\u00e9crire, pour commenter ses affects, par exemple\u00a0: imparfait pour le pr\u00e9sent, le conditionnel pour l\u2019imparfait, sont significatifs de cette temporalit\u00e9 apor\u00e9tique, chaotique, douloureuse \u00e0 vivre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 20px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Pris enti\u00e8rement en charge par sa m\u00e8re, mais tr\u00e8s d\u00e9sireux de faire quelque chose entre les repas, Wolfson a tout loisir d\u2019\u00e9crire ce livre qui a pour ambition de raconter, souvent avec beaucoup d\u2019humour, ses souffrances, comment manger lui cause de vrais probl\u00e8mes, comment se promener est compliqu\u00e9, dangereux, humiliant, comment il couche avec une prostitu\u00e9e, mai surtout comment il fuit l\u2019anglais en lui substituant des mots d\u2019une autre langue, voire de plusieurs en m\u00eame temps, utilisant pour cela les dictionnaires et ses \u00e9tudes de phonologie, sur un mode dont on n\u2019a pas fini de parler. Mode d\u00e9lirant, ou pas, le probl\u00e8me reste pour moi entier. De toutes fa\u00e7ons un proc\u00e9d\u00e9 qui, m\u00eame s\u2019il est fou, est en prise direct avec le travail d\u2019\u00e9crire, qui consiste pour beaucoup \u00e0 savoir corriger son texte, et donc \u00e0 mettre un mot \u00e0 la place d\u2019un autre, une lettre \u00e0 la place d\u2019une autre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 20px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Wolfson doute de la valeur auto-th\u00e9rapeutique de son travail. Gu\u00e9rir de son horreur de l\u2019anglais, il l\u2019esp\u00e8re, mais il n\u2019est pas s\u00fbr d\u2019y arriver. Ce dont il est s\u00fbr, avec raison, c\u2019est qu\u2019en explorant sa folie, en la racontant et en la d\u00e9crivant il fera \u0153uvre m\u00e9dicale, produisant un t\u00e9moignage irrempla\u00e7able sur la schizophr\u00e9nie, d\u00e9crite pour la premi\u00e8re fois telle qu\u2019elle est v\u00e9cue et vue de l\u2019int\u00e9rieur.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 20px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Oui, vraiment, je me demande ce que devient ce type d\u2019un talent fou. A-t-il su rendre sa folie vivable\u00a0?<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fichier du 25 mai 2009 Le schizo et les langues. 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