{"id":557,"date":"2016-04-20T17:14:58","date_gmt":"2016-04-20T16:14:58","guid":{"rendered":"http:\/\/francis-berezne.net\/?p=557"},"modified":"2018-12-05T19:40:36","modified_gmt":"2018-12-05T18:40:36","slug":"sur-lamitie-en-psychiatrie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francis-berezne.net\/?p=557","title":{"rendered":"Sur l&rsquo;amiti\u00e9 en psychiatrie"},"content":{"rendered":"<h3>(Colloque Utopsie)<\/h3>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-558\" src=\"https:\/\/francis-berezne.net\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/utopsy1-300x183.jpg\" alt=\"utopsy1\" width=\"399\" height=\"259\" \/><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je voudrais vous parler, bri\u00e8vement, de l\u2019amiti\u00e9 dans les institutions psychiatriques. En particulier de l\u2019amiti\u00e9 entre soignant et soign\u00e9. Evidemment, \u00e7a semble au premier abord loin des probl\u00e8mes qui s\u2019imposent \u00e0 nous aujourd\u2019hui, la repression, la regression s\u00e9curitaire. Mais l\u2019amiti\u00e9, c\u2019est aussi une fa\u00e7on d\u2019y r\u00e9sister. En ce qui me concerne, je l\u2019ai rencontr\u00e9e comme patient dans des lieux de soin o\u00f9 se pratique la psychoth\u00e9rapie institutionnelle. Ca ne veut pas dire qu\u2019elle n\u2019existe que l\u00e0, mais il y a certaines raisons qui font qu\u2019une amiti\u00e9 peut se nouer plus facilement entre un soignant et un soign\u00e9 dans ce genre d\u2019institution.Je vais vous raconter comment \u00e7a s\u2019est pass\u00e9. A La Borde dans les ann\u00e9es 70, et dans un foyer de post-cure parisien, le foyer Capitant dans les ann\u00e9es 90, j\u2019ai rencontr\u00e9 un ou plusieurs soignants dont je suis devenu l\u2019ami, et avec qui j\u2019ai gard\u00e9 des relations amicales, jusqu\u2019\u00e0 ce jour. A La Borde, c\u2019est \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un travail men\u00e9 par des gens du CERFI, un collectif de chercheurs rassembl\u00e9s autour de F\u00e9lix Guattari, que je me suis li\u00e9 d\u2019amiti\u00e9 avec des moniteurs qui travaillaient au bureau \u00e9conomique. Mais \u00e0 La Borde, travailler ici ou l\u00e0, au bureau \u00e9conomique ou \u00e0 la cuisine, ou \u00e0 la ferme, ou \u00e0 la buanderie, c\u2019est participer pleinement aux soins. Toujours est-il que j\u2019ai propos\u00e9, ou qu\u2019on m\u2019a demand\u00e9, je ne sais plus, d\u2019illustrer le livre qu\u2019ils \u00e9crivaient sur La Borde, qui a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 trois ans plus tard, en 1976. Ca s\u2019appelle : Histoires de La Borde. C\u2019est donc a<\/span><span style=\"font-size: 12pt;\">utour d\u2019un travail que ce sont nou\u00e9es ces amiti\u00e9s, et surtout l\u2019une d\u2019entre elles, avec un moniteur qui faisait directement partie du collectif qui \u00e9crivait cette histoire de La Borde, un jeune philosophe qui est devenu plus tard metteur en sc\u00e8ne d\u2019op\u00e9ra, et directeur d\u2019un th\u00e9\u00e2tre.Cette amiti\u00e9 s\u2019est pr\u00e9cis\u00e9e le jour o\u00f9 j\u2019ai \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 diner, un soir, avec ces moniteurs et avec d\u2019autres, dans leur maison de campagne \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de la clinique. Ils voulaient que je parle de ces illustrations. Ils m\u2019ont donc offert l\u2019hospitalit\u00e9, le temps d\u2019une soir\u00e9e, m\u00eame si je n\u2019ai pas dormi sur place, parce que mon statut de pensionnaire m\u2019obligeait, s\u00e9curit\u00e9 sociale et assurances aidant, \u00e0 dormir \u00e0 La Borde. A partir de l\u00e0 je les ai beaucoup fr\u00e9quent\u00e9, surtout \u00e0 Paris. J\u2019ai fr\u00e9quent\u00e9 le si\u00e8ge du CERFI jusqu\u2019en 1981, pour les voir, pour y \u00e9crire, pour y dessiner, \u00e9galement pour y manger. A l\u2019\u00e9poque j\u2019\u00e9tais sans le sou, et presque sans toit. J\u2019ai retrouv\u00e9 ces amis vingt ans plus tard, quand les choses sont all\u00e9es mieux pour moi. C\u2019\u00e9tait important pour moi cette hospitalit\u00e9 en marge de l\u2019institution hospitali\u00e8re. Ca me donnait du recul par rapport \u00e0 la clinique, de la distance par rapport aux soins, un point de vue ext\u00e9rieur. C\u2019\u00e9tait pour moi un espace d\u00e9m\u00e9dicalis\u00e9, mais pas sans lien avec la psychiatrie et ses institutions. Ce que j\u2019en ai fait dans l\u2019imm\u00e9diat, c\u2019est une autre histoire. En v\u00e9rit\u00e9 \u00e7a m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 fuir La Borde, \u00e0 ne plus m\u2019y faire soigner. Mais \u00e7a ne tient pas tant \u00e0 mes amis du CERFI eux-m\u00eames, qu\u2019\u00e0 une s\u00e9rie de contre-sens, qu\u2019\u00e0 une conduite de rupture, de fuite et d\u2019\u00e9chec. En tout cas ce que j\u2019ai v\u00e9cu au CERFI me permet aujourd\u2019hui de comprendre certains probl\u00e8mes institutionnels, me permet aussi d\u2019entretenir plus ou moins \u00e9troitement ce<\/span><span style=\"font-size: 12pt;\">s amiti\u00e9s.La m\u00eame chose s\u2019est produite au foyer Capitant. Parce que je voulais pr\u00e9parer une agr\u00e9gation d\u2019arts plastiques, un infirmier, que j\u2019aimais bien, m\u2019a invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9jeuner chez lui, avec un de ses enfants et avec sa femme, qui est professeur d\u2019arts plastiques dans un coll\u00e8ge. Elle m\u2019a parl\u00e9 de son travail, m\u2019a invit\u00e9 \u00e0 un de ses cours. A l\u2019\u00e9poque, je ne dormais plus au foyer, mais j\u2019y venais deux trois fois par semaine pour y rencontrer un m\u00e9decin et une psychologue, pour y diner aussi, histoire de faire la transition entre un domicile personnel et le foyer. Cet infirmier avait \u00e9t\u00e9 mon r\u00e9f\u00e9rent pendant mon s\u00e9jour, et nous nous entendions tr\u00e8s bien. Apr\u00e8s cette invitation, nous sommes devenus peu \u00e0 peu des amis. Nous nous voyons aujourd\u2019hui tr\u00e8s souvent, et nous continuons d\u2019avoir de longues conversations sur la folie, sur ses institutions.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">L\u2019amiti\u00e9, est-ce que \u00e7a marche ? Dans les ann\u00e9es 70, les gens que je voyais, que j\u2019aimais bien, \u00e9taient tous un peu fous, et r\u00e9volutionnaire chacun \u00e0 sa fa\u00e7on. Il y a eu beaucoup de bleus \u00e0 l\u2019\u00e2me, et mes amiti\u00e9s de l\u2019\u00e9poque n\u2019ont pas permis que \u00e7a aille mieux pour moi, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire. Mais dans les ann\u00e9es 90, nous nous \u00e9tions tous pos\u00e9s quelque part, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, m\u00eame si nous n\u2019avions pas renonc\u00e9 \u00e0 nos id\u00e9es, \u00e0 nos engagements, et cette amiti\u00e9 avec cet infirmier a \u00e9t\u00e9 ess<\/span><span style=\"font-size: 12pt;\">entielle dans mon retour \u00e0 la raison. Je dois dire que mes copains du CERFI n\u2019\u00e9taient pas des professionnels de la sant\u00e9 mentale. La psychiatrie n\u2019\u00e9tait pas leur m\u00e9tier, ils ne pouvaient pas vraiment rem\u00e9dier \u00e0 ma folie, sinon en me disant d\u2019aller me faire soigner \u00e0 La Borde, ce que je ne voulais plus ; alors que mon copain de Capitant, infirmier psychiatrique, sait des tas de choses sur la folie et sur la raison, sur les m\u00e9dicaments et sur les m\u00e9decins, sur les h\u00f4pitaux et sur les traitements, qui m\u2019ont \u00e9t\u00e9 fort utiles dans les moments difficiles. Et puis dans les ann\u00e9es 90, je n\u2019avais plus vraiment le choix ; je ne pouvais plus m\u2019offrir d\u2019errer sans cesse, il fallait que j\u2019am\u00e9nage ma folie, que je la rende vivable, et avec une AAH j\u2019en avais enfin les moyens \u00e9conomiques.Mais il ne s\u2019agit pas seulement de savoir si l\u2019amiti\u00e9 donne de bons r\u00e9sultats. Il y a des lieux o\u00f9 l\u2019on veut \u00e9viter \u00e0 tout prix les conflits, quels qu\u2019ils soient. De la m\u00eame fa\u00e7on, il y a des lieux o\u00f9 l\u2019on veut \u00e9viter \u00e0 tout prix l\u2019amiti\u00e9 entre soignant et soign\u00e9, et j\u2019ajouterai, \u00e9viter l\u2019amiti\u00e9 m\u00eame entre soign\u00e9s. Le devenir d\u2019une amiti\u00e9, si elle va se montrer b\u00e9n\u00e9fique ou pas, personne ne peut le dire, qu\u2019on soit fou ou pas. Mais exclure l\u2019amiti\u00e9, \u00e0 priori, pour les fous comme pour ceux qui ne le sont pas, c\u2019est absurde.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\">\u00a0<span style=\"font-size: 12pt;\">Qu\u2019est-ce que je veux dire par amiti\u00e9 ? Essentiellement offrir l\u2019hospitalit\u00e9. On invite ses amis chez soi, \u00e0 manger, \u00e0 dormir, ou les deux. Je ne dirai pas que c\u2019est toujours comme \u00e7a, mais \u00e7a y ressemble. Ces gens, dont je suis devenu l\u2019ami, m\u2019ont invit\u00e9 chez eux, ensuite je les ai invit\u00e9 chez moi, quand j\u2019ai eu un chez moi. Ca ne m\u2019est jamais arriv\u00e9 dans les lieux de soin que j\u2019ai connus o\u00f9 se pratique une psychiatrie traditionnelle. J\u2019ai pu y apprendre, y travailler, mais je n\u2019y ai jamais rencontr\u00e9 d\u2019amis parmi les soignants. Ni vraiment parmi les soign\u00e9s, m\u00eame si je me sentais proche de certains d\u2019entre eux. Je ne pense pas que ce soit seulement une affaire d\u2019atomes crochus. J\u2019ai fr\u00e9quent\u00e9 un atelier th\u00e9rapeutique \u00e0 Paris, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, o\u00f9 j\u2019ai beaucoup dessin\u00e9, peint, \u00e9crit, et film\u00e9. Il y avait un \u00e9ducateur, quelqu\u2019un de bien. Nous avions des tas d\u2019activit\u00e9s et d\u2019int\u00e9r\u00eats en commun. Nous allions dans la m\u00eame universit\u00e9, lui pour devenir psychologue, moi pour y \u00e9tudier les lettres modernes. Il m\u2019a aid\u00e9 \u00e0 faire ma premi\u00e8re exposition, il est venu ensuite \u00e0 certains de mes vernissages, mais jamais il ne m\u2019a invit\u00e9 chez lui. Nous avions de l\u2019estime l\u2019un pour l\u2019autre, mais nous n\u2019\u00e9tions pas amis. Ses th\u00e9ories, ou sa d\u00e9ontologie, ou je ne sais quoi, s\u2019y opposait. Nous communiquions, nous \u00e9changions, mais nous ne partagions pas. Car dans cet atelier th\u00e9rapeutique, il me semble que la distance habituelle et comme naturelle entre un m\u00e9decin et son patient \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00e0 toute l\u2019\u00e9quipe soignante, de l\u2019ergoth\u00e9rapeute \u00e0 la cuisini\u00e8re, de l\u2019\u00e9ducateur \u00e0 l\u2019infirmi\u00e8re, du psychologue \u00e0 la secr\u00e9taire. Du m\u00e9tier, du respect, de l\u2019estime \u00e9ventuellement, mais pas d\u2019amiti\u00e9.Avec mes amis du CERFI je partageais, avec mon ami infirmier je partage. En ce qui le concerne, il s\u2019en est expliqu\u00e9 \u00e0 propos du d\u00e9lire. Il ne s\u2019agit pas tant, dit-il, de raisonner sur le d\u00e9lire, quand on est infirmier, vivant avec les fous au quotidien. Il ne s\u2019agit pas d\u2019expliquer \u00e0 un fou son d\u00e9lire par du papa ou de la maman, ou par tout autre cause raisonnante qui risque finalement de l\u2019aggraver, mais de le partager, de faire sentir \u00e0 celui qui d\u00e9lire, que son d\u00e9lire ne vous est pas \u00e9tranger. En partageant le d\u00e9lire de cette fa\u00e7on, on l\u2019apaise. Ce n\u2019est pas le conforter, ou y c\u00e9der, c\u2019est faire entendre \u00e0 celui qui d\u00e9lire que la raison ne lui est pas \u00e9trang\u00e8re. Et partager comme \u00e7a ne s\u2019apprend pas dans les livres, \u00e7a vient du sentiment pour un soignant que la folie ne lui est pas \u00e9trang\u00e8re. Or vraiment, il n\u2019y a que dans les lieux de soin o\u00f9 se pratique la psychoth\u00e9rapie institutionnelle que j\u2019ai rencontr\u00e9 une ambiance o\u00f9 les soignants \u00e9taient s\u00e9rieusement invit\u00e9s \u00e0 ne pas regarder mon d\u00e9lire comme un machin qui leur \u00e9tait totalement \u00e9tranger, totalement ext\u00e9rieur, avec lequel ils n\u2019avaient rien de commun, pur objet d\u2019\u00e9tude et d\u2019interpr\u00e9tation, pur objet de connaissance. Que certains, m\u00eame dans les endroits ouverts de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle, ne r\u00e9pondent pas \u00e0 cette invitation, c\u2019est s\u00fbr, mais dans l\u2019ensemble on voulait bien ne pas \u00e9lever trop haut un mur entre eux et moi. Or c\u2019est sur la base du partage qu\u2019une amiti\u00e9 devient possible, et en ce qui me concerne qu\u2019une forme de gu\u00e9rison, d\u2019am\u00e9nagement de ma folie, est devenue possible. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-559\" src=\"https:\/\/francis-berezne.net\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/utopsy2-300x183.jpg\" alt=\"utopsy2\" width=\"376\" height=\"257\" \/>D\u2019ailleurs la psychoth\u00e9rapie institutionnelle ne consid\u00e8re pas qu\u2019il y a d\u2019un cot\u00e9 les soignants, de l\u2019autre les soign\u00e9s. Elle consid\u00e8re qu\u2019un soign\u00e9 peut faire fonction de soignant, le plus souvent \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019autres soign\u00e9s, par la parole, par les activit\u00e9s, par les gestes de la vie quotidienne, mais aussi, th\u00e9oriquement, \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un soignant. Quand on est fou, et soign\u00e9 comme tel, on a l\u2019impression de temps en temps qu\u2019on fait plus de bien aux soignants qu\u2019ils ne vous en font. On a m\u00eame parfois l\u2019impression que certains ne vous soignent que pour se gu\u00e9rir de leur folie. A La Borde comme \u00e0 Capitant, la limite entre soignant et soign\u00e9 pouvant s\u2019amenuiser jusqu\u2019\u00e0 presque dispara\u00eetre ici ou l\u00e0, une amiti\u00e9 hors l\u2019institution devient possible, une hospitalit\u00e9, non hospitali\u00e8re, devient possible entre soignant et soign\u00e9, et bien \u00e9videmment entre soign\u00e9s. Il faut dire que certaines autorit\u00e9s La Bordiennes ne voyaient pas d\u2019un tr\u00e8s bon \u0153il mes amiti\u00e9s. Elles pensaient sans doute que \u00e7a repr\u00e9sentait un danger pour moi. Dans l\u2019imm\u00e9diat, et surtout \u00e0 moyen terme, elles avaient raison, mais au bout du compte elles ont eu tort. Et puis, n\u2019est-ce pas, on ne va pas toujours \u00e9viter, ou emp\u00eacher, ou interdire le vin et les amis, \u00e0 moins de tenir sur la folie le discours de Nicolas Sarkozy et compagnie. Je le dis d\u2019autant plus volontiers que je ne bois du\u00a0 vin qu\u2019avec mes amis.Je veux quand m\u00eame pr\u00e9ciser qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019\u00eatre copain \u00e0 tout prix, ou d\u2019inviter n\u2019importe qui chez soi, histoire de se faire plaisir, ni que la psychoth\u00e9rapie institutionnelle se r\u00e9duit \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019une amiti\u00e9. Ce n\u2019est qu\u2019un aspect parmi beaucoup d\u2019autres dispositifs, que ceux qui inventent la psychoth\u00e9rapie institutionnelle, et qui l\u2019inventent avec les patients, vous expliqueraient mieux que moi. Car je n\u2019envisage tous ces probl\u00e8mes que du point de vue d\u2019un ancien patient qui continue de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la folie et \u00e0 ses institutions. Il y a n\u00e9cessairement beaucoup de choses qui m\u2019\u00e9chappent. J\u2019ai envie de dire qu\u2019il en va de m\u00eame du point de vue des soignants : il y a n\u00e9cessairement beaucoup de choses qui leur \u00e9chappent, m\u00eame s\u2019ils essayent de se mettre \u00e0 la place des soign\u00e9s. Mais les places de soignant et de soign\u00e9s ne sont pas \u00e9changeables. Elles sont parfois partageables, \u00e0 mon avis sur la base de l\u2019amiti\u00e9. Ca implique la dimension de l\u2019hospitalit\u00e9, ou du moins, si l\u2019on ne sort pas du cadre de l\u2019institution, la dimension de l\u2019accueil.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ces amiti\u00e9s se sont nou\u00e9es spontan\u00e9ment, je le r\u00e9p\u00e8te, autour d\u2019un travail, d\u2019une activit\u00e9, d\u2019un int\u00e9r\u00eat commun, avec des atomes tr\u00e8s crochus. Pas sur la base d\u2019une simple curiosit\u00e9. Consid\u00e9r\u00e9e dans sa dimension th\u00e9rapeutique, comme toute relation th\u00e9rapeutique elle ne va pas sans difficult\u00e9s, sans des hauts et des bas, sans des affects et sans des risques. Sans \u00e9chouer ou r\u00e9ussir. Cependant je remercie ma psychiatre d\u2019avoir toujours \u00e9vit\u00e9 les relations sociales entre nous, gardant intacte sa neutralit\u00e9, ses distances, malgr\u00e9 mon d\u00e9sir de mettre parfois notre relation en danger, comme j\u2019ai pu le lui dire. Je comprends qu\u2019il ne puisse pas y avoir d\u2019amiti\u00e9 entre nous. Il y a des raisons th\u00e9oriques, professionnelles, personnelles, pour qu\u2019il en soit ainsi. Toutefois il y a entre nous un peu plus que de l\u2019estime, c\u2019est \u00e0 dire que je ne la consid\u00e8re pas seulement comme un bon m\u00e9decin. Je crois que \u00e7a tient pour beaucoup \u00e0 ce qu\u2019elle me re\u00e7oit \u00e0 son cabinet en ville, car les maisons ressemblent \u00e0 ceux qui les habitent, alors qu\u2019un dispensaire est un lieu parfaitement anonyme. Pas une amiti\u00e9 donc, parce que je ne vis rien, je n\u2019ai rien \u00e0 vivre au quotidien avec elle, mais quelque chose de l\u2019hospitalit\u00e9. Il n\u2019en va pas de m\u00eame avec les membres d\u2019une \u00e9quipe soignante. Autant on peut accepter de n\u2019avoir avec un m\u00e9decin que des relations de soin, autant il est frustrant de penser que l\u2019on n\u2019aura jamais de relation amicale avec quelqu\u2019un d\u2019une \u00e9quipe soignante, quelqu\u2019un qu\u2019on voit au quotidien, dans beaucoup de circonstances de la vie quotidienne, pour la seule raison qu\u2019il fait partie de l\u2019\u00e9quipe soignante. A La Borde, o\u00f9 les m\u00e9decins vivent des relations au quotidien avec les pensionnaires, j\u2019ai pu venir dans la maison du m\u00e9decin qui s\u2019occupait de moi. Est-ce un bien ou un mal, \u00e0 mon avis ce n\u2019est pas seulement le n\u0153ud du probl\u00e8me. Voil\u00e0 je l\u2019esp\u00e8re, mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9flexion pour r\u00e9sister \u00e0 la folie s\u00e9curitaire.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Colloque Utopsie) Je voudrais vous parler, bri\u00e8vement, de l\u2019amiti\u00e9 dans les institutions psychiatriques. En particulier de l\u2019amiti\u00e9 entre soignant et soign\u00e9. Evidemment, \u00e7a semble au premier abord loin des probl\u00e8mes qui s\u2019imposent \u00e0 nous aujourd\u2019hui, la repression, la regression s\u00e9curitaire. Mais l\u2019amiti\u00e9, c\u2019est aussi une fa\u00e7on d\u2019y r\u00e9sister. 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