{"id":568,"date":"2016-04-20T17:26:55","date_gmt":"2016-04-20T16:26:55","guid":{"rendered":"http:\/\/francis-berezne.net\/?p=568"},"modified":"2016-04-20T17:55:32","modified_gmt":"2016-04-20T16:55:32","slug":"conference-au-centre-antonin-artaud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francis-berezne.net\/?p=568","title":{"rendered":"Conf\u00e9rence au centre Antonin Artaud"},"content":{"rendered":"<h3>Conf\u00e9rence au centre Antonin Artaud le 12 octobre 2007<\/h3>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">C\u2019est Jean Oury qui m\u2019a permis d\u2019entrer en contact avec le centre Antonin Artaud et avec Patrick Chemla, quand je lui ai parl\u00e9 de l\u2019exposition que je voulais faire, montrer mes travaux qui rel\u00e8vent de l\u2019art brut alors que j\u2019\u00e9tais fou, et ceux que je fais aujourd\u2019hui qui rel\u00e8vent plut\u00f4t de l\u2019art contemporain, alors que je suis tir\u00e9 d\u2019affaire. Je ferai donc cette conf\u00e9rence en pensant \u00e0 cela qu\u2019il aime parfois \u00e0 dire dans son s\u00e9minaire, il faut dire des conneries, c\u2019est tr\u00e8s bien, si on ne prend pas le risque de dire des conneries, eh bien on ne parle pas. J\u2019en dirai donc certainement quelques unes, ne m\u2019en tenez pas rigueur. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Au regard de la cr\u00e9ation, et de la peinture, si on dit qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un langage universel, il est anecdotique que Goya soit espagnol, que Dubuffet ait \u00e9t\u00e9 marchand de vin, qu\u2019Alo\u00efse ait \u00e9t\u00e9 folle, et que Michel Nedjar, la seule fois o\u00f9 je l\u2019ai rencontr\u00e9, n\u2019ait pas cess\u00e9 de manger des cacahuettes. J\u2019ai \u00e9crit un petit bouquin il y a six sept ans, sur l\u2019art brut, o\u00f9 je d\u00e9fendais sans nuances ce point de vue, certes un peu excessif pour ne pas dire un peu terroriste, qui a tout de m\u00eame \u00e9t\u00e9 celui de Dubuffet quand il a fond\u00e9 la compagnie de l\u2019art brut. J\u2019en tirais quelques le\u00e7ons qui ne me paraissent ni excessives ni terroristes. Par exemple, il vaudrait mieux qu\u2019on puisse voir les \u0153uvres brutes dans les m\u00eames mus\u00e9es que les \u0153uvres culturelles, \u00e7a permettrait de tracer des obliques. J\u2019allais jusqu\u2019\u00e0 affirmer qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019art brut, que ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019une m\u00e9chante invention de Jean Dubuffet. J\u2019ai un peu nuanc\u00e9 mon point de vue, c\u2019est \u00e0 dire que je me suis pos\u00e9 quelques questions sur l\u2019anecdotique, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 propos de l\u2019art brut. Mais d\u2019abord, je reste convaincu qu\u2019il serait pr\u00e9f\u00e9rable pour tout le monde qu\u2019on puisse voir de l\u2019art, sans avoir d\u2019un c\u00f4t\u00e9 des mus\u00e9es d\u2019art brut, et de l\u2019autre des mus\u00e9es d\u2019art, disons culturel, les passerelles de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre \u00e9tant nombreuses et n\u00e9cessaires. Je sais bien que ceux de l\u2019art officiel sont encore sourds le plus souvent \u00e0 ce genre de musique, et ceux de l\u2019art brut n\u2019ont qu\u2019une peur, c\u2019est qu\u2019on leur marche sur les pieds, ou qu\u2019on les r\u00e9cup\u00e8re. Pour reprendre le mot du directeur d\u2019une galerie d\u2019art brut \u00e0 Paris, le dialogue oui, l\u2019anchluss, non. J\u2019appelle donc de mes v\u0153ux un tel dialogue, et cela au moment o\u00f9 va s\u2019ouvrir \u00e0 Villeneuve d\u2019Asq un mus\u00e9e d\u2019art brut \u00e0 cot\u00e9 d\u2019un mus\u00e9e d\u2019art contemporain. Une salle, une seule, o\u00f9 l\u2019on mettrait en regard m\u00eame rien qu\u2019une seule \u0153uvre choisie dans chacun des deux mus\u00e9es, ce serait tout de m\u00eame l\u2019occasion de comprendre de visu de quoi l\u2019art brut retourne, en comprenant aussi quelque chose \u00e0 l\u2019art officiel. Ce serait le lieu id\u00e9al pour se poser de bonnes questions. La folie, la marginalit\u00e9, le dysfonctionnement nous en apprennent beaucoup sur la raison, sur la normalit\u00e9, sur un bon fonctionnement, et r\u00e9ciproquement, \u00e7a ne me para\u00eet pas totalement stupide de dire quelque chose de ce genre. Mais pour que ce dialogue soit possible, il faut que ceux de l\u2019art brut comme ceux de l\u2019art officiel cessent de se raccrocher \u00e0 leur id\u00e9ologie respective comme \u00e0 une planche de salut. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je parle des mus\u00e9es, mais il y aurait aussi \u00e0 d\u00e9poussi\u00e9rer dans les institutions psychiatriques. De par mon exp\u00e9rience de fou, les r\u00e9ticences, les craintes au moment de montrer les travaux des patients, ou m\u00eame l\u2019interdit qui p\u00e8se parfois sur le fait de les acheter, ne facilite pas les choses pour celui qui cr\u00e9e dans les institutions, je parle \u00e9videmment des institutions o\u00f9 il y a de la cr\u00e9ation. La circulation des \u0153uvres se fait tant bien que mal, il est vrai que telle n\u2019est pas la vocation de ces institutions, mais on pourrait peut-\u00eatre faire autrement. Je pense \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Gugging, en Allemagne, o\u00f9 il semble que l\u2019institution psychiatrique se soit occup\u00e9 de faciliter la vie et le travail \u00e0 quelques artistes, des malades qui vendent leurs \u0153uvres sur le march\u00e9 de l\u2019art. Il faudrait y aller voir de pr\u00e8s pour savoir exactement comment \u00e7a se passe. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Bon, j\u2019en viens \u00e0 cet anecdotique, c\u2019est le sujet de l\u2019exposition que vous pouvez voir dans la maison du GEM, du centre Antonin Artaud. En quoi, ce genre, l\u2019art brut, appelons \u00e7a ainsi, c\u2019est commode, a quelque chose de sp\u00e9cifique, qu\u2019on puisse caract\u00e9riser, par quoi, je ne sais pas trop. Je ne veux pas parler \u00e0 la place des psychiatres, ni des philosophes, je veux seulement essayer de vous raconter avec des mots de peintre et mon exp\u00e9rience de fou, comment s\u2019est fait pour moi le passage d\u2019une cr\u00e9ation dans des institutions psychiatriques \u00e0 une cr\u00e9ation hors institutions. Quand je me suis \u00e9loign\u00e9 des foyers m\u00e9dicaux et autres ateliers th\u00e9rapeutiques, j\u2019aurais pu m\u2019en tenir \u00e0 l\u2019art brut, \u00e7a me plaisait, \u00e7a plaisait, \u00e7a se vendait bien. J\u2019aurais r\u00e9ussi sans trop de probl\u00e8mes artistiques une petite carri\u00e8re, mais enfin je me suis trouv\u00e9 aller voir d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019art contemporain, sans doute parce que j\u2019ai l\u2019humeur vagabonde. Ne pas c\u00e9der \u00e0 la monomanie, \u00e7a pr\u00e9sente des inconv\u00e9nients, du coup je n\u2019ai plus int\u00e9ress\u00e9 aucune institution d\u2019art, ni brut, ni contemporain, ni quoique ce soit. J\u2019ai seulement int\u00e9ress\u00e9 mes amis, et apparemment le centre Antonin Artaud. Je me dis que les amis sont plus importants que de plaire aux institutions.Voil\u00e0, aujourdhui, je fait l\u2019hypoth\u00e8se que s\u2019il y a une diff\u00e9rence qui vaut d\u2019\u00eatre rep\u00e9r\u00e9e entre la cr\u00e9ation brute, et l\u2019autre, elle devrait tenir au langage, je veux dire \u00e0 la fois aux mots qu\u2019on peut mettre sur ces \u0153uvres, et aux id\u00e9es qui agitent les artistes, qu\u2019ils mettent sur leurs propres \u0153uvres. Pour les premiers, lisons les cahiers de l\u2019art brut, il y du meilleur et du pire, lisons aussi les historiens de l\u2019art, lisons Prinzhorn, Expressions de la Folie, lisons Jean Oury, Cr\u00e9ation et Schizophr\u00e9nie, et surtout que chacun mette les mots qu\u2019il a envie de mettre sur les travaux qui lui plaisent, avec un minimum d\u2019exigence et d\u2019imagination. Pour les id\u00e9es qui agitent les artistes, c\u2019est plus compliqu\u00e9, personne d\u2019autre n\u2019est dans leur t\u00eate, et m\u00eame si on se trouve \u00e0 leur \u00e9coute, on n\u2019a pas toujours le temps d\u2019articuler leurs mots et leurs images, pour autant qu\u2019ils en fassent ou qu\u2019ils en parlent. \u00c7a demande r\u00e9flexion. Mais bon, puisque je suis l\u00e0, je vais essayer de vous en parler en ce qui me concerne. Je simplifie, Jean Oury dit qu\u2019il y a l\u2019instant de voir. En un coup d\u2019\u0153il, le temps que le malade s\u2019installe, un psychiatre doit pouvoir dire, voil\u00e0, c\u2019est un schizophr\u00e8ne. Apr\u00e8s, \u00e9videmment, il faut savoir ce qu\u2019est la schizophr\u00e9nie. Pour l\u2019art brut, c\u2019est un peu la m\u00eame chose. On voit un dessin, d\u2019embl\u00e9e on se dit, c\u2019est tr\u00e8s fort, \u00e7a a quelque chose de particulier, un truc ind\u00e9finissable, c\u2019est de l\u2019art brut. Mais \u00e0 quoi \u00e7a tient ? Ca tient pour moi \u00e0 ce que \u00e7a r\u00e9siste. Quand je suis all\u00e9 voir du cot\u00e9 de l\u2019art brut, je donne les dates, c\u2019est plus simple, 1971, toute une ann\u00e9e \u00e0 vouloir rester enferm\u00e9 dans ma chambre, les rideaux tir\u00e9s, je dessinais en r\u00e9sistant \u00e0 quelque chose qui se d\u00e9faisait sans cesse, \u00e7\u2019aurait pu \u00eatre du sable qui me glissait entre les doigts. Dessiner me servait aussi \u00e0 retenir le sable le temps du dessin. A peine fini, \u00e7a se d\u00e9faisait de nouveau, il me fallait aussit\u00f4t refaire un dessin. C\u2019\u00e9tait \u00e9puisant. A partir de l\u00e0, de ce qui m\u2019\u00e9chappe et de cette esp\u00e8ce de fuite en avant, je peux m\u2019interroger en passant sur la boulimie cr\u00e9atrice d\u2019un Picasso, parfois une vraie logorrh\u00e9e. Dans ses po\u00e8mes, Picasso en a toujours \u00e9crit, on comprend assez vite par quel proc\u00e9d\u00e9 stylistique, accumulation des qui, des que, des quoi, les images s\u2019encha\u00eenent aux images sans fin. Mais qu\u2019est-ce qui poussait Picasso \u00e0 ne jamais s\u2019arr\u00eater ? A quoi r\u00e9sistait-il, \u00e0 quoi se laissait-il aller ? Bon, on ne le saura peut-\u00eatre jamais, fermons la parenth\u00e8se. Les dessins de fou que je faisais en 1971, sont perdus, il y en a peut-\u00eatre de semblables qui tra\u00eenent quelque part \u00e0 La Borde, o\u00f9 je suis arriv\u00e9 d\u00e9but 1972, en tr\u00e8s mauvais \u00e9tat, il faut le dire, et j\u2019ai continu\u00e9 un temps \u00e0 les faire dans la solitude de la serre, l\u00e0-bas. Je voulais dessiner un nu, une femme, toujours la m\u00eame.Ca tient aussi \u00e0 une grande envie de dire, mais qui n\u2019aboutit pas, ou qui aboutit mal. A l\u2019\u00e9poque de ces dessins, tr\u00e8s rudimentaires, tr\u00e8s violents, je voulais \u00e9crire, et tout ce que je pouvais \u00e9crire, c\u2019\u00e9tait \u00e0 longueur de temps, je veux \u00e9crire, je veux \u00e9crire, je veux \u00e9crire, sans pouvoir aller plus loin. Je ne sais plus trop ce que je me racontais en faisant ces dessins, peut-\u00eatre que dans ma chambre, tout rideaux tir\u00e9s, en pleine d\u00e9tresse, je ne me racontais rien du tout, en tout cas mon dessin venait aussi \u00e0 la place de ce que je ne pouvais pas dire ou \u00e9crire. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Adolescent, j\u2019avais connu quelque chose qui n\u2019est pas sans rapport avec cet indicible. J\u2019avais pens\u00e9 inventer un langage de formes. Plut\u00f4t que de me colleter avec l\u2019\u00e9criture, j\u2019avais d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019une spirale dessin\u00e9e signifierait \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9phant\u00a0\u00bb, je laisse aux sp\u00e9cialistes le soin d\u2019interpr\u00e9ter un tel raccourci. Mais au moins quelque chose \u00e9tait dit. Si on d\u00e9veloppe un syst\u00e8me de ce genre, et si quelque chose se passe mal, un jour, on ne peut plus dire grand chose de sens\u00e9, et m\u00eame tr\u00e8s vite on ne dit plus rien du tout, on dessine, quand on peut encore dessiner. Ou alors on appartient \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 ce genre de syst\u00e8me a cours, mais le plus souvent il s\u2019agit d\u2019un code que tout le monde partage. C\u2019est le cas des peintures de r\u00eave des aborig\u00e8nes australiens. Dans certains travaux d\u2019art brut, personne ne partage le code de l\u2019artiste, mais plut\u00f4t ce qu\u2019Andr\u00e9 Lothe, un peintre graveur du d\u00e9but du 20\u00b0 si\u00e8cle, a appel\u00e9 les invariables de l\u2019art, c\u2019est \u00e0 dire les qualit\u00e9s picturales proprement dites, qu\u2019il pense universelles. C\u2019est bleu, c\u2019est rouge, c\u2019est beau, c\u2019est fort, mais le sens nous \u00e9chappe, comme celui d\u2019un message crypt\u00e9. Si on d\u00e9crypte, c\u2019est magnifique\u2026 quand le dessin est magnifique. On voit bien que \u00e7a dit quelque chose, on ne peut pas dire quoi, et m\u00eame le travail interdit qu\u2019on puisse comprendre ce que \u00e7a veut dire. Il n\u2019y a que l\u2019artiste qui le sache, il faut le lui demander. Une remarque encore sur ces dessins, faits \u00e0 l\u2019encre de chine . Je n\u2019\u00e9tais pas du tout innocent en ce qui concerne l\u2019art brut. Je connaissais Prinzhorn, j\u2019avais vu l\u2019exposition d\u2019art brut en 1967 au Mus\u00e9e des arts d\u00e9coratifs, et m\u00eame si j\u2019\u00e9tais devenu fou, je voulais aussi m\u2019exprimer de cette fa\u00e7on qui me semblait radicale, rompre avec tout un travail inspir\u00e9 de Klee, de Kandinsky, de L\u00e9ger, et d\u00e9sapprendre \u00e0 dessiner pour inventer mon propre langage. Surtout qu\u2019on ne se m\u00e9prenne pas. Les cr\u00e9ateurs d\u2019art brut aujourd\u2019hui, il y en a, il y en aura, savent tr\u00e8s bien pour certains dans quelle domaine ils \u0153uvrent, et ce qu\u2019ils font, pour autant qu\u2019un artiste sache ce qu\u2019il fait. \u00a0A la Borde je suis rest\u00e9 trois mois. J\u2019y ai \u00e9crit un petit spectacle de marionnettes sur ceux qui se taisent et ceux qui parlent. Ca ne devait pas \u00eatre bien fameux, mais on a fabriqu\u00e9 de grandes marionnettes. C\u00f4t\u00e9 peinture, je ne faisais pas grand chose. Je suis revenu \u00e0 Paris.Et puis rechute, Ca n\u2019allait plus du tout. Je m\u2019adressais \u00e0 la machine \u00e0 laver, j\u2019\u00e9tais incapable de rester seul chez moi, je d\u00e9lirais, je souffrais comme une b\u00eate. Retour \u00e0 La Borde, en 1973, et pendant un an ou deux, apr\u00e8s qu\u2019on m\u2019a remis les id\u00e9es en place, j\u2019ai anim\u00e9, enfin j\u2019ai dit que j\u2019animais un atelier de marionnettes, puis de mosa\u00efques, et je venais presque tous les week-ends \u00e0 La Borde, mon voyage en train pay\u00e9 par le club. J\u2019emmenais avec moi un petit texte que j\u2019\u00e9crivais \u00e0 Paris, et que le journal de La Borde publiait. Une \u00e9criture assez chaotique, des id\u00e9es brutes, on peut dire \u00e7a, mais au moins j\u2019\u00e9crivais. A peu pr\u00e8s dans le m\u00eame temps, j\u2019ai propos\u00e9 mes services pour illustrer un num\u00e9ro de Recherches sur La Borde, \u00e7a s\u2019appelle Histoires de La Borde, une \u00e9tude des gens du CERFI. Il y a dedans des dessins \u00e0 l\u2019encre de chine, et ces petits textes que j\u2019avais \u00e9crit, ainsi que d\u2019autres textes repris du journal, \u00e9crits par d\u2019autres pensionnaires.Ces travaux m\u00e9ritent que je m\u2019y arr\u00eate, ils existent. Au moins on peut en voir les reproductions dans le num\u00e9ro de Recherches, les originaux sont perdus. J\u2019ai fait les dessins \u00e0 Paris, parce que j\u2019avais fui La Borde en courant, en catastrophe, fin 1974, pour des tas de raisons, surtout parce que les gens que j\u2019aimais bien, dont un de ceux qui s\u2019occupait de cette histoire de La Borde, n\u2019y allaient plus. En fait, dans les dessins, quelque chose commence \u00e0 s\u2019articuler de fa\u00e7on visible, intelligible, entre les images et les mots, le sens je crois bien. L\u2019art brut, ce n\u2019est pas l\u2019absence de sens. Pour moi, c\u2019est peut-\u00eatre le moment o\u00f9 mon travail a \u00e9t\u00e9 plus brut que jamais. Certains dessins racontent l\u2019exp\u00e9rience de ce th\u00e9\u00e2tre de marionnettes. Je pensais cellule, rythme, barbe, t\u00eate, main, groupe, marionnette, tout un horizon de mots que je me r\u00e9p\u00e9tais tout en travaillant. Ca n\u2019allait pas plus loin. Avec une envie d\u2019ombres port\u00e9es, une humeur plut\u00f4t m\u00e9lancolique. Enfin, tout en travaillant, j\u2019\u00e9tais agit\u00e9 par un d\u00e9but de r\u00e9flexion, quelque chose comme l\u2019origine de la peinture. Aujourd\u2019hui quand j\u2019interviens dans les \u00e9coles je raconte souvent la l\u00e9gende de Dibutade qui dessine l\u2019ombre port\u00e9e de son ami avant qu\u2019il ne parte \u00e0 la guerre, pour en garder le souvenir, et qui invente ainsi la peinture, une l\u00e9gende que je ne connaissais pas \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Mais il y a comme \u00e7a des id\u00e9es qui circulent, et qu\u2019on pressent. D\u2019autres dessins racontaient le journal de La Borde, avec un trait satyrique, vaguement caricatural. D\u2019autres encore le travail du balayage, le travail de base de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle, surtout pour les stagiaires. A La Borde, pour les stagiaires, c\u2019est bien connu, \u00e7a commence par le balayage. Je crois bien que ces travaux rel\u00e8vent de la cat\u00e9gorie picturale, que j\u2019apellerai, faute de mieux, \u00c0 c\u00f4t\u00e9. Un peu \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du sens, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de La Borde, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du CERFI, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de mes textes. Ce n\u2019est pas en marge, mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9. En marge, on peut noter ce qui concerne le texte, on peut exercer la fonction scribe, dont parle Jean Oury. Je pense aux livres de Marie Depuss\u00e9 sur La Borde, je pense aussi aux livres de Michaux sur son exp\u00e9rience des drogues. En marge de son texte principal, il y a des petits blocs d\u2019\u00e9criture qui viennent commenter, reprendre, insister, o\u00f9 vient se d\u00e9poser le sens comme sur une feuille d\u2019assertion, dont parle Jean Oury, je crois qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 cherch\u00e9 \u00e7a chez Peirce. En marge on prend la bonne distance. Au contraire, \u00e0 c\u00f4t\u00e9, toutes les torsions de sens sont possibles, on a les yeux dessus. Voil\u00e0 les conditions dans laquelle j\u2019ai fait ces dessins. Je restais de longues heures allong\u00e9 sur un matelas, contre le mur, \u00e0 mon domicile, et je me racontais ce que faisais mes amis, ailleurs, \u00e0 c\u00f4t\u00e9. \u00c7a s\u2019appelle peut-\u00eatre de la parano\u00efa. De temps en temps j\u2019arrivais \u00e0 sortir dans la rue, \u00e0 prendre le m\u00e9tro, \u00e0 aller dessiner mes petits dessins chez les gens du CERFI, et puis je revenais m\u2019allonger contre mon mur. J\u2019exag\u00e8re un peu, mais \u00e7a ressemblait \u00e0 \u00e7a. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ce que j\u2019essaye de dire, c\u2019est que le lien entre les images et les mots se faisait toujours un peu \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Mon dessin veut dire que le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 La Borde est une affaire s\u00e9rieuse, aussi importante que partout ailleurs, mais on voit un th\u00e9\u00e2tre grotesque, grossier, invraisemblable. Ce n\u2019est pas vraiment un manque de moyen, je savais encore dessiner, m\u00eame si j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 un peu d\u00e9sappris, mais c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t une volont\u00e9 de rendre compte de mon \u00e9tat, de ma folie. Comment expliquer \u00e7a. A la fois emport\u00e9 malgr\u00e9 moi vers une production brute, et la faisant tr\u00e8s volontairement, tr\u00e8s consciemment, en sachant ce que je faisais, ce qui \u00e9tait d\u2019autant plus d\u00e9sesp\u00e9rant. J\u2019ai en t\u00eate des peintures de Josef Wittlich, des soldats qui chargent, le fusil \u00e0 la main. Pour moi \u00e7a veut dire l\u2019horreur de la guerre, c\u2019est exactement ce que \u00e7a veut dire, \u00e7a le dit, et pourtant on ne voit que des soldats qui jouent au soldat. C\u2019est un peu comme le vers d\u2019Apollinaire, Dieu que la guerre est jolie, comme si le message et l\u2019image n\u2019\u00e9taient pas tout \u00e0 fait en face, en phase. Sur une route, on jette un pont, mais le pont n\u2019arrive pas tout \u00e0 fait en face de l\u2019endroit o\u00f9 il devrait normalement arriver. C\u2019est un d\u00e9calage, et un peu aussi autre chose, disons une torsion du sens. J\u2019ai ce m\u00eame sentiment devant certains travaux dits culturels. Je crois m\u00eame que toute une part de l\u2019art figuratif contemporain a cultiv\u00e9 l\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 du message, ou le message \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Je pense \u00e0 Michel Alb\u00e9rola, \u00e0 G\u00e9rard Garouste aussi. A la t\u00e9l\u00e9, au journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, entre la voix du commentateur et les images, c\u2019est parfois d\u00e9cal\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde, jusqu\u2019\u00e0 la naus\u00e9e. La force dans ce genre de travail, les miens, je dis les miens mais je n\u2019en sais rien, vous verrez bien dans l\u2019exposition, en tout cas ceux de Wittlich, de Garouste ou d\u2019Alberola, tient au contraire \u00e0 ce que le d\u00e9calage est infime, ind\u00e9cidable, donc d\u2019autant plus fort, d\u2019autant plus troublant. Roger Caillois dit quelque chose d\u2019analogue dans sa d\u00e9finition du fantastique. Un tr\u00e8s l\u00e9ger d\u00e9calage avec le r\u00e9el. Il a aussi \u00e9num\u00e9r\u00e9 dans un autre essai toutes les relations qui lui semblaient possibles entre un texte et une image. C\u2019est int\u00e9ressant, mais un peu carr\u00e9. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Remarquez, je suis retomb\u00e9 dans le m\u00eame travers qu\u2019autrefois, je n\u2019ai pas su dire ce qui diff\u00e9rencie fondamentalement, essentiellement les travaux de Wittlich de ceux de Garouste, d\u2019Alb\u00e9rola, je me suis content\u00e9 de tracer une oblique de l\u2019un aux autres. Comme quoi le naturel revient toujours au galop. Est-ce que par hasard ce ne serait pas tout \u00e0 fait le m\u00eame, \u00e0 c\u00f4t\u00e9. A c\u00f4t\u00e9 pour Wittlich, en marge pour Alb\u00e9rola. Pas s\u00fbr. En tout cas m\u00eame si la peinture de Wittlich est un peu \u00e0 c\u00f4t\u00e9, \u00e7a donne un sacr\u00e9 point de vue sur la soldatesque, qui peut encore jouer au soldat m\u00eame au milieu de l\u2019horreur de la guerre. A ce moment l\u00e0, les travaux qui rel\u00e8vent de l\u2019art brut, rel\u00e8veraient peut-\u00eatre simplement des conditions mat\u00e9rielles de leur r\u00e9alisation. Enfermement, mis\u00e8re, solitude, \u00e7a joue beaucoup. Un certain go\u00fbt pour l\u2019inconfort aussi. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Si on met un Wittlich \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un Alb\u00e9rola, pour de bon, en grandeur r\u00e9elle, histoire de voir comment les mots qui vont sur l\u2019un se portent sur l\u2019autre, on devrait comprendre un peu mieux comment \u00e7a marche. Ou bien si on veut faire des rapprochements plus imm\u00e9diats, mettons \u00e0 c\u00f4t\u00e9 l\u2019une de l\u2019autre une peinture de Charbonnier, ce peintre pompier des guerres de Napol\u00e9on, et une peinture de\u00a0 Wittlich, je crois que ce serait, efficace, profitable, \u00e7a pourrait donner du temps et de l\u2019aide, il en faut pour reconstruire le pont, ou d\u00e9placer la route, pour que les images et les mots soient de nouveau en phase, si jamais c\u2019est possible, ou souhaitable, je n\u2019en sais rien. Peut-\u00eatre qu\u2019on est condamn\u00e9 \u00e0 toujours faire dire aux images autre chose que ce qu\u2019on voit. Enfin c\u2019est une piste \u00e0 suivre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Disons que j\u2019ai mis quinze ans \u00e0 commencer \u00e0 aborder le probl\u00e8me un peu s\u00e9rieusement. Il ne faut jamais d\u00e9sesp\u00e9rer. Et puis comme je suis le plus patient des hommes, \u00e9videmment, j\u2019ai pris tout mon temps. Je commence \u00e0 \u00e9merger vraiment vers 1992. Entre temps ce n\u2019est pas brillant. Je passe sur les ann\u00e9es de squatt, de mis\u00e8re, j\u2019\u00e9crivais mes r\u00eaves chaque matin, je dessinais le reste de la journ\u00e9e. Tout est perdu, sans int\u00e9r\u00eat sans doute. Puis une ann\u00e9e de clochardise et l\u2019h\u00f4pital psychiatrique, 1982,1986, tuberculose pendant 9 mois, j\u2019ai insist\u00e9 pour qu\u2019on me donne des antibiotiques, r\u00e9gime s\u00e9v\u00e8re, service de choc. Simplement ceci. Dans un service du genre que j\u2019ai subi, je n\u2019ai pas cess\u00e9 d\u2019aller \u00e0 l\u2019ergoth\u00e9rapie. En arrivant j\u2019ai fait une petite sculpture, mais le m\u00e9decin est venu la voir et me voir comme si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 un papillon \u00e0 \u00e9pingler dans une bo\u00eete \u00e0 papillons, et j\u2019ai vite cass\u00e9 ma sculpture. Apr\u00e8s j\u2019ai fait des collages, mais je les d\u00e9chirais au fur et \u00e0 mesure que je les faisais, de peur qu\u2019on vienne les voir en faisant des remarques idiotes. Et puis j\u2019ai fini par assembler des \u00e9pingles \u00e0 linge, par faire des petits tableautins de mosa\u00efque, et le reste qui va avec. Sans parler des attaches de rideau qu\u2019on empile dans des bo\u00eetes en plastique, mais l\u00e0 j\u2019ai vraiment p\u00e9t\u00e9 les plombs. Ceci pour dire que l\u2019ergoth\u00e9rapie, \u00e7a d\u00e9pend beaucoup de ceux qui l\u2019organisent, de l\u2019ambiance, pour parler comme Jean Oury. Enfin, apr\u00e8s quatre ans et demi de placement volontaire j\u2019en sors avec l\u2019aide de deux amis que j\u2019ai appel\u00e9 au secours. Foyer \u00e0 Paris le soir, atelier th\u00e9rapeutique et universit\u00e9 dans la journ\u00e9e. A l\u2019atelier th\u00e9rapeutique, on me fiche une paix royale, j\u2019y ai beaucoup travaill\u00e9, enfin fait beaucoup de travaux. Et parmi nous, dans l\u2019atelier, un \u00e9ducateur dessine lui aussi. J\u2019ai le temps de r\u00e9apprendre \u00e0 dessiner. Quelque chose se maintient avec des hauts et des bas. Deux foyers, une p\u00e9riode d\u2019hospitalisation entre les deux. Quand j\u2019arrive, en 1986, je suis boulimique de cr\u00e9ation. Apr\u00e8s toutes ces ann\u00e9es \u00e0 souffrir de stupidit\u00e9 dans une salle d\u2019ergoth\u00e9rapie d\u2019h\u00f4pital, je me jette sur le dessin, sur l\u2019aquarelle, sur l\u2019encre avec un grand app\u00e9tit. Il y a aussi un four, et un labo photo. Je fais quelques petites sculptures en terre cuite, je prends, je tire et je d\u00e9veloppe mes photos. Plus tard on a achet\u00e9 une cam\u00e9ra, et collectivement fait un petit film. Il y a des patients que j\u2019aime bien. Un ma\u00e7on alg\u00e9rien, qui tricote des costumes en laine de toutes les couleurs, qu\u2019il transporte dans un gros sac, et qui mod\u00e8le et \u00e9maille de magnifiques personnages en c\u00e9ramique. Un jeune peintre, qui \u00e9crit aussi des po\u00e8mes, tr\u00e8s grand, tr\u00e8s mince, tr\u00e8s silencieux. Une jeune femme qui \u00e9crit peut-\u00eatre, mais qui n\u2019en parle jamais, un jeune homme qui compose des chansons et chante \u00e0 tue t\u00eate les tubes de Claude Fran\u00e7ois. Enfin \u00e7a vit \u00e0 l\u2019\u00e9poque, je ne sais pas si \u00e7a vit, mais \u00e7a cr\u00e9e. Je n\u2019ai pas vraiment de recul, et je ne suis pas un sp\u00e9cialiste, pour parler de l\u2019\u00e9quipe et de qui la dirige, mais \u00e0 en juger par ce que j\u2019ai fait l\u00e0-bas, et ce que les autres y ont fait, \u00e7a ne devait pas \u00eatre mal.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Donc je travaille un peu dans toutes les directions, et je recommence \u00e0 m\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019art brut, \u00e0 ce que \u00e7a veut dire. En m\u00eame temps je poursuis des \u00e9tudes de lettres modernes \u00e0 l\u2019universit\u00e9, je reprends une analyse. Au d\u00e9but c\u2019est laborieux, appliqu\u00e9. Il me faut imaginer un territoire, parce que j\u2019en ai pas vraiment un \u00e0 moi, reprendre possession de mes moyens, retrouver la m\u00e9moire des travaux pass\u00e9s. Et surtout recommencer \u00e0 me poser des probl\u00e8mes proprement picturaux. Je fais tout une s\u00e9rie d\u2019aquarelles qui feront l\u2019objet d\u2019une exposition dans une librairie du quartier, voulue et organis\u00e9e avec le soutien tr\u00e8s actif de l\u2019\u00e9quipe soignante. Les toutes premi\u00e8res, ce sont des \u0153uvres ferm\u00e9es. Je veux dire des dessins aux limites pr\u00e9cises qui enferment des surfaces pr\u00e9cises, tr\u00e8s vivement color\u00e9es. Qu\u2019est-ce que je cherche ? Les couleurs changeantes d\u2019une identit\u00e9 sans doute. Etre \u00e0 la fois \u00e9tudiant, r\u00e9sident, patient, un peu peintre, un peu photographe, un peu \u00e9crivain, ne plus \u00eatre un fou enferm\u00e9 dans un asile. Et \u00e7a s\u2019ouvre un peu. A partir de photos en noir et blanc que je vais prendre au jardin du Luxembourg, l\u2019ombre port\u00e9e des chaises et des fauteuils en fer, j\u2019arrive \u00e0 travailler en r\u00e9serve, \u00e0 croiser des rythmes. \u00c7a devient l\u00e9g\u00e8rement oblique, transversal, un peu moins monolithique, il commence \u00e0 y avoir du vide, un espace pour respirer. Mais encore bien peu. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Je me d\u00e9coince vraiment, en tout cas du point de vue de la cr\u00e9ation, quand \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 j\u2019ai la libert\u00e9 d\u2019\u00e9crire un m\u00e9moire de ma\u00eetrise sur Henri Michaux, et que je deviens r\u00e9sident d\u2019un foyer o\u00f9 l\u2019on pratique la psychoth\u00e9rapie institutionnelle. Je commence une s\u00e9rie de grandes aquarelles o\u00f9 je retrouve sans vraiment bien y penser une id\u00e9e qui me tenait autrefois tr\u00e8s \u00e0 c\u0153ur, mais dont je n\u2019avais su que faire. Celle du mim\u00e9tisme, telle que l\u2019a formul\u00e9e Roger Caillois dans son livre sur le mim\u00e9tisme animal, des id\u00e9es que Jacques Lacan cite dans son s\u00e9minaire sur les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Le mim\u00e9tisme pour moi ne consiste pas \u00e0 marcher \u00e0 quatre pattes quand on voit passer un chien, mais \u00e0 se fondre dans le milieu ambiant, \u00e0 effacer ses limites sans toutefois les perdre. Le poisson qui prend l\u2019apparence du fond marin sur lequel il passe, ne perd pas ses limites, simplement elles ne sont plus visibles aux pr\u00e9dateurs, et il le sait, enfin il le fait comme expr\u00e8s. Le mim\u00e9tisme, \u00e7a parle plus au peintre que je suis que le concept d\u2019identification, c\u2019est moins inqui\u00e9tant. \u00c7a peut rendre compte de ce ph\u00e9nom\u00e8ne, de cette sensation, je suis arbre quand je peins une for\u00eat, herbe quand je regarde mon jardin, crabe ou sable quand je dessine la plage. \u00c9videmment je ne me prends ni pour un crabe, ni pour un arbre, mais quelque chose des limites vient l\u00e0 s\u2019effacer pour un moment, dans l\u2019ab\u00eeme que creuse toujours le regard, dans notre rapport au monde. Quand je sors de la for\u00eat, ou quand je pose mon pinceau, comme le cam\u00e9l\u00e9on qui quitte l\u2019arbre o\u00f9 il se trouvait, je redeviens moi-m\u00eame, je cesse d\u2019\u00eatre absorb\u00e9 par mon mod\u00e8le, et le cam\u00e9l\u00e9on redevient visible. Ca a l\u2019air un peu d\u00e9lirant comme id\u00e9e, comme sentiment, un peu hyst\u00e9rique, pourquoi pas, mais c\u2019est un sentiment que partagent beaucoup de peintres. J\u2019ai assist\u00e9 r\u00e9cemment \u00e0 un d\u00e9bat entre Henri Cueco et un philosophe, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une exposition et de la parution d\u2019un livre sur les paysages qu\u2019il ne peindra jamais, et j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 Henri Cueco s\u2019il se prenait pour une pomme de terre quand il a peint ses patates, il en a peint beaucoup. Il m\u2019a r\u00e9pondu ceci : je crois bien que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 eu ce genre d\u2019entretien, il arrive m\u00eame que la pomme de terre se prenne pour moi. Voil\u00e0 un dialogue int\u00e9ressant entre le peintre et son mod\u00e8le.Je r\u00e9alise donc toute une s\u00e9rie de grandes aquarelles o\u00f9 je red\u00e9couvre, pinceau \u00e0 la main, ce sentiment. J\u2019ai expos\u00e9 cette s\u00e9rie sous le titre Bonshommes D\u00e9volant. J\u2019ai choisi ce titre en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Alfred Jarry, qui rapporte le mythe totalement invent\u00e9 d\u2019hommes dont la t\u00eate, qui est attach\u00e9e par un fil, va chercher ses proies dans le ciel, et qui d\u00e9vole d\u00e9finitivement, si par malheur le fil vient \u00e0 se rompre. D\u00e9vole est un n\u00e9ologisme qui dit bien de quoi il s\u2019agit. Et puisque j\u2019ai parl\u00e9 de Cueco au sujet de mes aquarelles, en admettant que \u00e7a partait d\u2019un semblable sentiment de mim\u00e9tisme, en quoi les peintures de Cueco et mes aquarelles sont diff\u00e9rentes, toutes consid\u00e9rations de talent mises \u00e0 part. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">\u00c9videmment Cueco travaille \u00e0 partir d\u2019un mod\u00e8le qui appartient \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 visible. Et pour atteindre au r\u00e9el, car tel est son propos comme \u00e0 tout peintre me semble-t-il, il dialogue avec sa patate. Et ce travail patient et m\u00e9ticuleux d\u2019artisan s\u2019inscrit, vous avez peut-\u00eatre vu le film tir\u00e9 de son livre, Dialogue avec mon jardinier, dans un dialogue beaucoup plus vaste avec son jardinier pr\u00e9cis\u00e9ment, et avec la nature. Mes aquarelles sont faites dans l\u2019urgence, sans \u00eatre en face d\u2019un mod\u00e8le de la r\u00e9alit\u00e9 visible. Je dialogue plut\u00f4t avec le grain du papier, avec l\u2019eau, avec l\u2019encre, avec les pigments, dans l\u2019urgence, sans me pr\u00e9occuper de bien faire, de r\u00e9ussir quoique ce soit, projetant ce que j\u2019ai en t\u00eate sur la feuille de papier. Henri Michaux raconte quelque chose de semblable dans Emergences R\u00e9surgences, son autobiographie de peintre illustr\u00e9e de reproductions de ses peintures et de ses encres, que j\u2019\u00e9tudie \u00e0 l\u2019\u00e9poque pour \u00e9crire mon m\u00e9moire de ma\u00eetrise. Je dirais m\u00eame que c\u2019est en voulant exp\u00e9rimenter les propos de Michaux que j\u2019en viens \u00e0 r\u00e9aliser ces aquarelles. En regard du r\u00e9el, ce ne sont ce pas plus que de belles images, mais faites avec une id\u00e9e juste en t\u00eate, je veux dire une id\u00e9e qui m\u2019agite et m\u2019agit, qui ne g\u00e8ne personne, avec mon regard int\u00e9rieur. Celui-l\u00e0, on l\u2019emm\u00e8ne toujours et partout avec soi. Mais pour qu\u2019une peinture fasse sillon dans le r\u00e9el, le minimum n\u00e9cessaire c\u2019est que ce regard int\u00e9rieur se m\u00eale aussi de rendre compte de la r\u00e9alit\u00e9. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Ces aquarelles sont encore des \u0153uvres ferm\u00e9es, aux limites bien d\u00e9finies, avec un horizon encore fig\u00e9, mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ces limites, en de\u00e7\u00e0 d\u2019un horizon qui n\u2019est pas rectiligne, \u00e7a se peuple de toute une v\u00e9g\u00e9tation imaginaire ou r\u00e9elle, \u00e7a s\u2019anime, \u00e7a vit. Moi aussi je vis un peu mieux, beaucoup mieux.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Toujours est-il qu\u2019\u00e0 partir de ces travaux, je quitte l\u2019atelier th\u00e9rapeutique, et je vais travailler pendant cinq ans 1993-1998 dans l\u2019entrep\u00f4t o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 expos\u00e9, que je partage avec les bureaux de l\u2019ami qui m\u2019a expos\u00e9. Je vais aussi y habiter pendant un certain temps, et y peindre en vue d\u2019une agr\u00e9gation d\u2019arts plastiques que je pr\u00e9pare \u00e0 l\u2019universit\u00e9.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">En pr\u00e9parant cette agr\u00e9gation, je m\u2019ennuie ferme, je d\u00e9sesp\u00e8re de la peinture avec des travaux scolaires qui ne me satisfont pas vraiment, mais enfin c\u2019est l\u2019occasion d\u2019exp\u00e9rimenter toutes sortes de techniques, de proc\u00e9d\u00e9s, de compositions, h\u00e9las comme vid\u00e9s de leur sens, du moins le sens qu\u2019ils v\u00e9hiculent ne me satisfait pas du tout. Je crois qu\u2019ils sont trop directement l\u2019application des textes th\u00e9oriques dont on nous gave \u00e0 l\u2019universit\u00e9 \u00e0 longueur de cours. De toute fa\u00e7on, ce n\u2019est pas \u00e0 l\u2019universit\u00e9 d\u2019art plastique qu\u2019on apprend \u00e0 peindre, ou \u00e0 cr\u00e9er, \u00e0 la rigueur, \u00e0 l\u2019extr\u00eame rigueur, et encore, on apprend \u00e0 en parler, mais le plus souvent selon la mode intellectuelle du jour. Mais je ne suis plus dans les institutions psychiatriques, et m\u00eame si je reste assez fou souvent, je c\u00f4toie et je rencontre des gens qui n\u2019ont rien \u00e0 faire avec le milieu psychiatrique, mais plut\u00f4t avec l\u2019art, \u00e7a me distrait de mes probl\u00e8mes, \u00e7a me reins\u00e8re, comme on dit aujourd\u2019hui. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Apr\u00e8s deux trois ans de pr\u00e9paration et d\u2019\u00e9checs successifs, je cesse de me pr\u00e9senter \u00e0 ce concours, avec soulagement, et plut\u00f4t que d\u2019appliquer des recettes, ou mieux, d\u2019exp\u00e9rimenter \u00e0 fond une technique abstraite que j\u2019aurais invent\u00e9e, qui me tiendrait \u00e0 c\u0153ur, ce qui permet parfois de peindre de grandes et belles choses, je d\u00e9cide de me colleter avec le r\u00e9el, d\u2019abandonner peu \u00e0 peu, progressivement, une direction relativement abstraite, et surtout je commence \u00e0 peindre des autoportraits, encourag\u00e9 dans cette voie par une psychologue du foyer quand j\u2019habitais encore dans ce foyer de psychoth\u00e9rapie institutionnelle. Ce travail sur mon visage, sur mon apparence, je n\u2019ai pas cess\u00e9 de le faire depuis. Je ne suis pas le seul. Rembrandt, 200 autoportraits, le dernier peint quelques jours avant sa mort, Opalka, tous les jours depuis trente ans, et beaucoup d\u2019autres artistes. Mais je ne suis pas aussi syst\u00e9matique, ni aussi g\u00e9nial, ni m\u00eame aussi talentueux, je fais au mieux. Je travaille au d\u00e9but dans mon entrep\u00f4t, d\u2019apr\u00e8s des photomatons que je prends dans le m\u00e9tro. Je travaille \u00e0 vue d\u2019\u0153il, \u00e0 main lev\u00e9e, la photographie \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ma toile. Je fais aussi des autoportraits dans le miroir d\u2019une psych\u00e9 qu\u2019on m\u2019a offerte. Une id\u00e9e me pr\u00e9occupe, que j\u2019ai trouv\u00e9e chez le Deleuze de Logique de la sensation, son \u00e9tude sur la peinture de Francis Bacon. Il parle des diff\u00e9rents niveaux de la sensation chez ce peintre. Pour moi, \u00e7a signifie tr\u00e8s concr\u00e8tement qu\u2019il faut \u00e9tablir une profondeur dans la peinture, avec diff\u00e9rents plans de surfaces, de traits et de couleurs. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">En m\u00eame temps j\u2019essaie d\u2019\u00e9crire ce que j\u2019ai v\u00e9cu \u00e0 l\u2019h\u00f4pital dix ans auparavant, avant de l\u2019oublier. J\u2019ai un principe d\u2019\u00e9criture inspir\u00e9 par l\u2019art de la m\u00e9moire, cette partie de la rh\u00e9torique ancienne qui permet de m\u00e9moriser des milliers de vers, des discours politiques, des trait\u00e9s de philosophie, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019imprimerie et le papier n\u2019existent pas. Dans une s\u00e9rie de lieux familiers qu\u2019on se repr\u00e9sente mentalement, qu\u2019on organise selon un certain ordre, selon un certain parcours, toujours le m\u00eame, on place des images mentales suffisamment saisissantes pour frapper l\u2019imagination, images qu\u2019on associe aux mots du texte qu\u2019on veut m\u00e9moriser. Il suffit de repasser mentalement dans ces lieux, les images apparaissent, et les mots associ\u00e9s aux images. Ainsi donc, je parcours en pens\u00e9e le trajet que je faisais chaque jour, \u00e0 longueur de journ\u00e9e, dans mon pavillon d\u2019h\u00f4pital, en d\u00e9crivant ce qui se passe dans chaque lieu. J\u2019\u00e9cris quelques lignes par jour, difficilement, laborieusement, pendant plusieurs mois, mais \u00e7a op\u00e8re comme une catharsis, \u00e7a me permet aussi de commencer \u00e0 r\u00e9parer l\u2019espace. Ca le r\u00e9pare si bien que lorsque les circonstances m\u2019obligent \u00e0 quitter mon entrep\u00f4t, je retrouve rapidement un autre local \u00e0 louer qui me servira d\u2019atelier tout le temps que je vivrai en r\u00e9gion parisienne. Nous sommes un petit collectif d\u2019artistes, peintres, sculpteur, musiciens, photographe, costumi\u00e8re, \u00e0 nous partager une usine d\u00e9saffect\u00e9e en banlieue limitrophe de Paris. Je suis presque chez moi, et m\u00eame si c\u2019est du provisoire ou du pr\u00e9caire, au moins je ne travaille plus sous le regard des autres.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Avant m\u00eame que je pense \u00e0 faire publier mon r\u00e9cit sur l\u2019h\u00f4pital, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de peindre des toiles en relation avec ce texte sur l\u2019h\u00f4pital. Pas tout \u00e0 fait des illustrations, mais ces fameuses images saisissantes que je garde en souvenir, certaines que j\u2019ai pu raconter dans mon r\u00e9cit. Il s\u2019agit \u00e9galement de les peindre avant de les oublier. Elles seront reproduites en couleur dans un petit livre publi\u00e9 en 1999 par une maison d\u2019\u00e9dition fond\u00e9e par des amis. Je dis \u00e7a parce que cette premi\u00e8re publication contribue de fa\u00e7on notable \u00e0 mon retour \u00e0 la raison. \u00c7a me permet aussi de reprendre une activit\u00e9 professionnelle, certes limit\u00e9e, mais quand m\u00eame. J\u2019interviens dans les \u00e9coles pour les arts plastiques, et je participe comme b\u00e9n\u00e9vole \u00e0 un atelier de peinture dans une institution pour autiste. C\u2019est important parce que \u00e7a me confirme dans mon id\u00e9e que je ne peux pas faire avancer ma peinture sans les mots que je mets dessus ou dedans. Je m\u2019explique. Je remarque que dans cette institution, plus les enfants parlent, on dit enfant, je me demande pourquoi, certains sont presque majeurs, donc mieux ils parlent, mieux ils figurent. Ceux qui parlent bien savent dessiner des personnages, avec une t\u00eate, des bras, des jambes, ceux qui ne parlent pas en sont incapables. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Je me mets donc \u00e0 \u00e9crire un petit livre sur l\u2019art brut afin d\u2019y voir plus clair et de d\u00e9fendre un point de vue qui m\u2019est cher. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Il n\u2019y a pas plus de cat\u00e9gorie cr\u00e9ateur d\u2019art brut que de cat\u00e9gorie de peintre qui ach\u00e8te le journal le dimanche matin, et s\u2019il en est ainsi, \u00e7a me semble logique, cessons de pr\u00e9senter les \u0153uvres de ces artistes dans des ghettos. Je le r\u00e9p\u00e8te, le fait de ne pas consid\u00e9rer les cr\u00e9ations d\u2019art brut comme des travaux qui rel\u00e8vent avant tout de la folie est au c\u0153ur de la r\u00e9flexion de Jean Dubuffet sur l\u2019art brut d\u00e8s 1947. Pourtant en 1975, apr\u00e8s l\u2019installation des collections de l\u2019art brut \u00e0 Lausanne, Dubuffet interdit formellement de pr\u00eater les oeuvres au moins pendant deux ans. Voici ce qu\u2019il \u00e9crit \u00e0 Michel Th\u00e9voz qui se trouve alors \u00e0 la t\u00eate du mus\u00e9e de Lausanne. \u00ab Je crains qu\u2019\u00e0 m\u00ealer des \u0153uvres de notre collection \u00e0 d\u2019autres \u0153uvres qui risquent de ne pas \u00eatre tout \u00e0 fait de m\u00eame nature il ne s\u2019ensuive pour le public un effet d\u2019assimilation qui d\u00e9naturerait le lieu propre de L\u2019Art Brut et affaiblirait sa signification et son prestige \u00bb. Cette citation se trouve dans un livre de Lucienne Peiry, intitul\u00e9 <em>L\u2019Art brut<\/em>, publi\u00e9 chez Flammarion. J\u2019entends dans ces propos l\u2019\u00e9cho d\u2019un ancien n\u00e9gociant en vins qui sait tr\u00e8s bien comment on fait marcher un fonds de commerce, j\u2019entends aussi, \u00e9videmment, la tr\u00e8s louable et tr\u00e8s sage intention de prot\u00e9ger au moins pendant deux ans son invention, son nouveau-n\u00e9, le temps qu\u2019il ait grandit. Or, aujourd\u2019hui le nouveau-n\u00e9 est devenu adulte, et si un tel lieu existe, celui de l\u2019art brut, on n\u2019a plus besoin de l\u2019enfermer derri\u00e8re des barri\u00e8res de pr\u00e9cautions, de le garder dans une couveuse, sans pour autant abandonner toute vigilance. Le laisser vivre parmi le reste de la cr\u00e9ation, au m\u00eame titre que n\u2019importe quelle autre cr\u00e9ation, permettra de voir un peu mieux \u00e0 quoi ressemble ce territoire, ou cette absence de territoire. Je d\u00e9fends ce point de vue avec un exc\u00e8s qui me para\u00eet n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00e9poque, non pas tant pour convaincre les institutions de tous genres artistiques, je ne suis pas optimiste \u00e0 ce point, mais pour mon propre usage. Le b\u00e9n\u00e9fice le plus imm\u00e9diat de ce texte c\u2019est que je ne me sens plus trop retenu par mes basques vis \u00e0 vis de l\u2019art brut, et que je m\u2019engage sur un autre chemin dont j\u2019ignore tout \u00e0 fait ce qu\u2019il sera, non sans essayer de rester fid\u00e8le \u00e0 la force et \u00e0 l\u2019authenticit\u00e9 de l\u2019art brut, et de ceux qui le font.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">De 2001 \u00e0 2005, c\u2019est \u00e0 dire tr\u00e8s r\u00e9cemment, cet effort pour atteindre au r\u00e9el, c\u2019est comme \u00e7a que je pense mon travail, que je le sens, cette ambition que je poursuis \u00e0 travers une peinture figurative qui va tourner en permanence autour de l\u2019autoportrait puis autour du portrait, passe pour moi par un nombrilisme assez farouche. D\u2019abord une s\u00e9rie de peinture \u00e0 la laque industrielle peintes d\u2019apr\u00e8s des polaroids o\u00f9 je d\u00e9forme mon visage en triturant mes traits de fa\u00e7on clownesque, en me photographiant de l\u2019autre main.\u00a0 Je veux m\u2019interroger sur les surfaces, sur l\u2019apparence, sur la peau, le plus profond comme chacun le sait, et avouer \u00e0 ma fa\u00e7on comment la main peut triturer des chairs pour le seul plaisir de la forme, du toucher. En m\u00eame temps je retrouve des probl\u00e8mes formels qui ne cessent d\u2019int\u00e9resser les peintres, d\u00e9caler la couleur du dessin, leur rendre une certaine autonomie, faire intervenir le vide, le blanc de la toile. A un moment o\u00f9 je cesse plut\u00f4t de l\u2019\u00eatre, je peins des autoportraits morcel\u00e9s, tach\u00e9s, trou\u00e9s, sans pour autant qu\u2019il soit impossible d\u2019y trouver une unit\u00e9, j\u2019essaie m\u00eame de faire en sorte que le regard recompose toujours cette unit\u00e9, qu\u2019elle s\u2019impose de fa\u00e7on \u00e9vidente par un contour tr\u00e8s d\u00e9coup\u00e9 et un fond de couleur uni, sans l\u2019ombre d\u2019une mati\u00e8re, un v\u00e9ritable \u00e0 plat.Je pousse m\u00eame la logique du nombrilisme encore plus loin quand je m\u2019installe en Normandie en 2003 ou 2004. Peu de temps apr\u00e8s mon arriv\u00e9e, je fais des autoportraits nus, voulant peindre des nus d\u2019apr\u00e8s un mod\u00e8le, et comme je suis un mod\u00e8le toujours disponible, que je n\u2019ai pas besoin de le payer pour qu\u2019il pose, je me prends moi-m\u00eame pour mod\u00e8le. D\u00fcrer a d\u00e9j\u00e0 fait cela dans un dessin \u00e0 l\u2019encre de chine. Mais surtout je m\u2019int\u00e9resse de pr\u00e8s \u00e0 cela auquel je reste infiniment sensible, on peut voir de soi sans miroir, les mains, les pieds, le torse, jamais le dos, ni le visage, ni les yeux. Je peins donc des bouts de mon propre corps habill\u00e9 tandis que je travaille ou nu avant de m\u2019habiller. En m\u00eame temps j\u2019essaye de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que peut \u00eatre une m\u00e9taphore en peinture. C\u2019est \u00e0 dire peindre un corps nu comme des collines, un visage comme un paysage. Francis Bacon dans entretiens avec David Sylvester explique qu\u2019il a beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi sur la texture de la peau des rhinoc\u00e9ros pour peindre la peau humaine.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">En outre il me semble que ce nombrilisme radical, me peindre comme vu de l\u2019int\u00e9rieur, comme si mes yeux \u00e9taient des objectifs qui enregistrent ce que je vois de moi, auquel le plus souvent on ne fait pas attention, me permet de retrouver le chemin d\u2019un narcissisme comme il faut, qu\u2019il me permet de commencer une s\u00e9rie de portraits d\u2019amis et d\u2019amies peints d\u2019apr\u00e8s les photos que je prends d\u2019eux et d\u2019elles quand je fais un court s\u00e9jour chaque mois \u00e0 Paris. Sans ce passage par un nombrilisme excessif, je n\u2019aurais peut-\u00eatre pas os\u00e9 peindre un autre regard que le mien, et affronter pour de bon le r\u00e9el. J\u2019entends par r\u00e9el, un horizon \u00e0 atteindre, qui recule sans cesse devant moi.Pendant cette p\u00e9riode o\u00f9 les choses se consolident vraiment, j\u2019ai l\u2019impression de mener une recherche qui articule le sens sans trop de d\u00e9calage, ni trop de torsion, du moins je le crois, enfin vous verrez bien. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Avant d\u2019arr\u00eater, je veux encore pointer deux trois faits tr\u00e8s concrets, qui me semblent significatifs dans ce retour \u00e0 la raison. Je parlais du mim\u00e9tisme. Il faut de l\u2019espace, un environnement convenable, des entours plaisants, pour se sentir arbre, herbe, nuage, crabe, pour donner libre cours \u00e0 ce sentiment du mim\u00e9tisme, ou \u00e0 cette hyst\u00e9rie, tr\u00e8s douce, s\u2019il s\u2019agit de \u00e7a. Le hasard fait que j\u2019ach\u00e8te une ruine au bord de la mer, en Normandie, en 1993, avec les trois sous que j\u2019ai \u00e9conomis\u00e9s lorsque j\u2019ai habit\u00e9 dans un premier foyer, au sortir de l\u2019h\u00f4pital. J\u2019ai pu avec le temps me reconstruire une petite maison et un petit atelier. Un endroit d\u2019o\u00f9 l\u2019on ne me fichera pas \u00e0 la porte. Cette maison est pour moi tr\u00e8s importante. L\u2019autre point qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre signal\u00e9, c\u2019est que je m\u2019ach\u00e8te un \u00e9piscope pour mon atelier en Normandie, en me souvenant des conseils d\u2019un infirmier, qui est \u00e9galement peintre, avec qui j\u2019ai des relations tr\u00e8s amicales. L\u2019\u00e9piscope est un appareil qui permet de projeter une photo sur n\u2019importe quelle surface pour la reproduire. Cet \u00e9piscope change consid\u00e9rablement l\u2019esprit et les conditions de ma recherche. Pour le comprendre il faut se dire qu\u2019en quelques ann\u00e9es, avec l\u2019introduction de nouveaux moyens optiques de reproduction, en particulier le verre quadrill\u00e9, la lentille miroir, la chambre claire, la peinture des d\u00e9buts de la Renaissance Italienne, une peinture encore tr\u00e8s li\u00e9e aux primitifs italiens, deviendra une peinture extr\u00eamement sophistiqu\u00e9e, capable d\u2019une exacte reproduction de la r\u00e9alit\u00e9. Il en va de m\u00eame pour la renaissance en Flandres. C\u2019est peu connu, souvent consid\u00e9r\u00e9 par les historiens de l\u2019art comme une vaste fumisterie, mais David Hockney, un peintre qui sait de quoi il cause, a \u00e9crit un beau livre, tr\u00e8s document\u00e9, et pour moi tr\u00e8s convaincant sur ce sujet. Je crois que \u00e7a s\u2019appelle, Secrets de l\u2019Art. Toujours est-il que cet \u00e9piscope me facilite le travail, me permet de me poser exclusivement les probl\u00e8mes de la peinture, de ne plus m\u2019encombrer des probl\u00e8mes de ressemblance et autres. On sait bien que les peintres figuratifs d\u2019aujourd\u2019hui utilisent souvent des photos et des appareils de projection. Je ne dis pas que \u00e7a r\u00e9sout tous les probl\u00e8mes, ni que je m\u2019en servirai toujours, je pense que \u00e7a m\u2019a offert une libert\u00e9 de mouvements, que \u00e7a m\u2019a permis de passer plus facilement d\u2019une production brute \u00e0 une production tourn\u00e9e vers l\u2019art contemporain, que \u00e7a m\u2019a permis de me poser le probl\u00e8me du r\u00e9el dans les termes qui me conviennent. Il s\u2019agit de mettre entre l\u2019\u0153il du peintre, son tableau et la r\u00e9alit\u00e9 visible de son mod\u00e8le un interm\u00e9diaire optique qui modifie sa relation au r\u00e9el comme on dit aujourd\u2019hui. Si on pense que la schizophr\u00e9nie, comme le dit Jean Oury, c\u2019est \u00eatre \u00e9corch\u00e9 vif, en prise directe et de fa\u00e7on insoutenable avec le r\u00e9el, un tel appareil de reproduction peut devenir un outil int\u00e9ressant. C\u2019est grace \u00e0 cet \u00e9piscope que j\u2019ai pu faire en 2005 ces autoportraits dans le miroir d\u2019un bol de caf\u00e9, des travaux qui rendent compte de ma m\u00e9lancolie, et qui la mette en d\u00e9route pour de bon, enfin ne jurons de rien. Je laisse les Lacaniens incorrigibles y voir quelque chose du stade du miroir, je vais plut\u00f4t vous dire ce qu\u2019il en est pour moi. Le plus simple, le plus \u00e9conomique est de citer dans un manuscrit en cours le passage qui concerne ces travaux.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Au plus profond de la m\u00e9lancolie, alors que plus rien n\u2019est possible, je me raccroche au peu qui r\u00e9siste, ce temps d\u2019isolement qui se r\u00e9p\u00e8te chaque matin de cette lente descente en moi-m\u00eame, cette absence pendant laquelle j\u2019interroge mes \u00e9tats d\u2019\u00e2me, mon humeur du jour en me regardant dans mon bol de caf\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019Odile se l\u00e8ve et me rejoigne, essaie en vain de me ramener \u00e0 la surface. En m\u2019excusant, accabl\u00e9 par mon impuissance, je me d\u00e9couvre une si sale t\u00eate que ma journ\u00e9e se trouve gach\u00e9e d\u2019avance. Pourtant, me dis-je, un miroir noir, de la m\u00eame couleur que mes id\u00e9es, m\u2019instruira sur ma peine mieux qu\u2019un miroir ordinaire, saura changer ma tristesse en gaiet\u00e9. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Or, je voudrais bien photographier une configuration de ce genre pour la peindre avant que \u00e7a ne tourne mal, retenir cette bulle afin qu\u2019elle ne m\u2019\u00e9clate pas au visage, fixer ce face \u00e0 face pour m\u2019assurer de sa r\u00e9alit\u00e9 d\u2019abord, ensuite pour plus de v\u00e9rit\u00e9, mais \u00e7a ne va pas de soi. En pla\u00e7ant un objectif au dessus de ma t\u00eate, mon cr\u00e2ne cache le bol, du m\u00eame coup mon reflet dans le bol, mon objectif ne voit que le rond clair de ma calvitie. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Je tourne, retourne le probl\u00e8me dans tous les sens sans lui trouver de solution, et les choses allant mieux pour moi, j\u2019oublie ce projet. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Il n\u2019y a pas si longtemps, heureux de vivre \u00e0 la campagne, d\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9 du poids de la m\u00e9lancolie, en r\u00eavassant \u00e0 partir du d\u00e9sordre qui s\u2019accumule sur ma table, c\u2019est criant, comment n\u2019y ai-je pas pens\u00e9 avant, le bol de caf\u00e9 jouant le r\u00f4le d\u2019un miroir, il suffit que je me penche sur mon bol, que je place un objectif en face de moi sous l\u2019angle de vue convenable pour que mon appareil enregistre mon reflet dans une petite mare de caf\u00e9, mes deux mains autour, renouant ainsi avec un de mes th\u00e8mes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, le visage et la main, mieux m\u00eame, associant l\u2019image du visage dans le miroir et la pr\u00e9sence des deux mains, renouvelant le dialogue, combien efficace, du miroir et de la r\u00e9alit\u00e9. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">En outre, je me rends compte qu\u2019en me peignant dans une situation dont l\u2019\u00e9vidence \u00e9chappe le plus souvent \u00e0 l\u2019attention de celui qui boit un bol de caf\u00e9, j\u2019invite le spectateur \u00e0 prendre ma place pour s\u2019amuser de la petite fiction que je lui soumets. Il en va ainsi de toute peinture, celui qui la regarde adopte le regard du peintre, mais ici, de la fa\u00e7on dont je donne \u00e0 voir mon tableau, le spectateur ne peut ignorer qu\u2019il se trouve \u00e0 la place d\u2019un autre. En l\u2019occurrence cet autre est un Narcisse ordinaire qui se regarde dans un bol de caf\u00e9, la sc\u00e8ne a lieu sur n\u2019importe quelle table de cuisine, le miroir n\u2019est pas fix\u00e9 au mur mais pos\u00e9 sur une toile cir\u00e9e. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-indent: 25px;\"><span style=\"font-size: 12pt;\">Il y a dans la maison du GEM, une pi\u00e8ce o\u00f9 sont accroch\u00e9s quelques uns de ces travaux. Certains voient dans ces peintures un astronaute dans son scaphandre. Voil\u00e0 qui me rappelle un jeu que je faisais quand j\u2019\u00e9tais enfant. Le soir, dans mon lit, avant de m\u2019endormir, je dessinais un cube au trait, et je l\u2019imaginais vu de dessous, puis vu de dessus, et cela jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un des deux points de vue s\u2019impose. C\u2019est un peu la m\u00eame chose avec ces peintures. Selon que l\u2019on per\u00e7oit le lieu o\u00f9 appara\u00eet mon visage comme un creux, on pense reflet dans un bol de caf\u00e9, si on le per\u00e7oit comme une sph\u00e8re, on pense astronaute dans son scaphandre. Voil\u00e0 donc o\u00f9 j\u2019en suis aujourd\u2019hui, qui est d\u00e9j\u00e0 derri\u00e8re moi, mais je souhaite creuser cette question du miroir et de la r\u00e9alit\u00e9, et revenir vers la question de l\u2019ombre port\u00e9e. <\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 12pt;\">Parce que j\u2019ai la manie de comparer, de rapprocher, j\u2019ai pris l\u2019habitude d\u2019associer dans le m\u00eame travail deux types de r\u00e9flexion. Je voulais peindre des paysages, en particulier des marines. Je ne savais pas par quel bout les commencer, \u00e7a s\u2019est fait par le biais de l\u2019ombre port\u00e9e. J\u2019ai pens\u00e9 aux peintures de Gaspard Friedrich, ce peintre romantique allemand qui peint des personnages comme perdus dans un immense paysage, et j\u2019ai tout de suite vu mon ombre port\u00e9e devant moi. L\u2019image dans le miroir et l\u2019ombre port\u00e9e sont deux objets virtuels, fascinants pour un peintre. Pour finir, je voudrais vous raconter une anecdote, un petit \u00e9v\u00e9nement qui a sans doute d\u00e9cid\u00e9 de la suite de mon histoire. Ca devait \u00eatre en 91 ou 92. Je travaillais et j\u2019habitais dans cet entrep\u00f4t dont je vous ai parl\u00e9. Je venais juste de quitter le foyer de post-cure. Ca ne se passait pas toujours bien entre moi et mon propri\u00e9taire, cet ami qui avait expos\u00e9 mes Bonshommes D\u00e9volants, qui me louait une partie des locaux, utilisant l\u2019autre partie comme si\u00e8ge de sa soci\u00e9t\u00e9. J\u2019\u00e9tais encore tr\u00e8s angoiss\u00e9, je d\u00e9lirais parfois, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s seul, m\u00eame esseul\u00e9. Un jour, pris d\u2019un coup de folie, furieux contre lui, contre moi, j\u2019ai jet\u00e9 \u00e0 la poubelle tous les travaux que j\u2019avais fait pr\u00e9c\u00e9demment dans l\u2019atelier th\u00e9rapeutique. Une voisine qui passait par l\u00e0, par stupidit\u00e9 ou gr\u00e2ce \u00e0 une connaissance approfondie de la psychologie, mais j\u2019en doute, s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9e dans notre entrep\u00f4t en hurlant qu\u2019il \u00e9tait inadmissible de faire d\u00e9border les poubelles comme \u00e7a, qu\u2019il fallait que \u00e7a change tout de suite, que \u00e7a ne se reproduise plus jamais. Je suis donc all\u00e9 reprendre mes travaux dans la poubelle pour qu\u2019elle arr\u00eate de crier et je les ai gard\u00e9. Ces travaux pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 partir desquels j\u2019ai pu poursuivre mon chemin, y r\u00e9fl\u00e9chir documents \u00e0 l\u2019appui, que j\u2019ai consult\u00e9 de temps en temps, qui m\u2019auraient affreusement manqu\u00e9 si je les avait perdus, et que je peux vous montrer aujourd\u2019hui. Donc je me dis que ce retour \u00e0 la raison est d\u00fb \u00e0 beaucoup de choses, \u00e0 beaucoup de gens, mais aussi pour beaucoup au hasard. Ce jour l\u00e0, j\u2019aurais aussi bien pu recevoir une tuile sur la t\u00eate, c\u2019est une des formes les plus banales du hasard, mais voil\u00e0, ce fut une voisine f\u00e2ch\u00e9e et pas commode qui passait par l\u00e0, et qui a trouv\u00e9 sur son chemin cette poubelle pour mon plus grand bonheur, pour mon salut peut-\u00eatre.Enfin pour faire une belle conclusion, c\u2019est toujours idiot de conclure, mais je vais y sacrifier, je me demande si je ne pourrais pas changer de pli. Plut\u00f4t que de partir de l\u2019art brut comme du c\u0153ur de la cr\u00e9ation, c\u2019est un fantasme que Prinzhorn a inaugur\u00e9, que Dubuffet a contribu\u00e9 \u00e0 r\u00e9pandre, je ne devrais pas aussi bien partir de la cr\u00e9ation la plus reconnue, la plus g\u00e9niale et pourtant la moins, disons, folle, bien que les artistes cultivent pr\u00e9cis\u00e9ment leur part de folie dans leur cr\u00e9ation, pour transf\u00e9rer ces id\u00e9es dans la sph\u00e8re de l\u2019art brut. Ca m\u2019est arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion, par exemple m\u2019interroger sur la peinture de Miro pour aller vers celle de Wolfl\u00ef, et voir dans l\u2019une comme dans l\u2019autre avant tout un vocabulaire de signes, un langage de formes.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conf\u00e9rence au centre Antonin Artaud le 12 octobre 2007 C\u2019est Jean Oury qui m\u2019a permis d\u2019entrer en contact avec le centre Antonin Artaud et avec Patrick Chemla, quand je lui ai parl\u00e9 de l\u2019exposition que je voulais faire, montrer mes travaux qui rel\u00e8vent de l\u2019art brut alors que j\u2019\u00e9tais fou, et ceux que je fais &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-568","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/francis-berezne.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/568","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/francis-berezne.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/francis-berezne.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francis-berezne.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francis-berezne.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=568"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/francis-berezne.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/568\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":571,"href":"https:\/\/francis-berezne.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/568\/revisions\/571"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/francis-berezne.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=568"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/francis-berezne.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=568"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/francis-berezne.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=568"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}