Catalogue déraisonné

FICHIER DU 9 OCTOBRE 2005

Qu’en pensez-vous ? Penseriez-vous par hasard qu’il y a du masochisme à toujours mettre ma peinture au pas, lui attacher une étiquette, lui faire lécher les bottes de l’un ou l’autre des peintres à la mode, la fustiger des pinceaux que me tend, d’outre-tombe, Francis Bacon en personne, avant lui, Michel-Ange, Van Gogh, Miro, Klee, Pablo Picasso. Dans la solitude de mon atelier, quand j’hallucine des chefs-d’œuvres dans les toiles qui s’achèvent, ces maîtres, en regardant par dessus mon épaule, me tiennent la main. Des maîtres ? Ils en riraient, ou au contraire trouveraient cela fâcheux, d’un triste ennui.

   Ce qu’il aurait fallu : choisir quelqu’un de moindre envergure, n’importe qui, disons Wlaminck, celui d’après la guerre, glacial après la canicule des étés fauves, puis le sortir de son hibernation, le décrasser de sa mauvaise humeur, de ses ressentiments, lui redonner une bonne couche de couleur, le rouler à nouveau sans vergogne dans le pigment. Van Gogh a-t-il fait autre chose, quand il s’éloigne du borinage, puis de Mauve, pour aller vers la lumière. Finalement ça ne changerait rien au fond du problème : de quoi est fait le réel, comment y creuser un sillon.

Ah ! La maison jaune en Arles. Vincent s’y coupe l’oreille, Bacon la courbe, et l’aménage d’un désordre à sa façon, dans le froid, la pluie, les brumes de Londres, transporté par la violence, l’horreur du monde, tremblant de la fièvre de Picasso. Une maison jaune, mais oui, que j’ai squattée sur une île de la Marne, pourquoi n’y ai-je pas attrapé un mal, une folie de ce genre, pour trouver un style moi aussi. Certains jours ça m’obsède ! Je voudrais confondre tous les peintres que j’admire, du crime de se dresser encore, toujours, entre moi et la peinture dont je rêve. Car depuis que j’ai appris à marcher, je ne cesse d’emprunter mes pas aux jambes des autres. Entouré de chiens, sûr, j’aurais aboyé.

Avec l’apprentissage de la lecture, avec le b, a, ba des règles du langage, d’aucuns disent les chaînes, dans ce cas elles entravent aussi les machines à images, des chevaux, des indiens, des comboys, des fusils, des arcs, des flêches, des tomawaks, des Mickey, des Minnie, peut-être même des Tintin, des capitaine Haddock, des pirates que j’ai copiées dans mes livres d’enfant, des bandes dessinées que les adultes veulent bien encourager, séduits par la grâce maladroite de mon trait, et par celle qu’on prête généralement à ces héros, mais à tort, de ne jamais vieillir, d’être sans ascendance, sans héritiers. Ou bien, c’est un vouloir dire qu’on admire, mon élan vers la forme. Quel débordements, extase, transe, de raconter avec des crayons une aventure, le crayon oublié dans le plaisir qui guide la main.

Voilà peut-être la solution inespérée, que j’aurais appelée de mes vœux, depuis toujours, pour renoncer aujourd’hui à l’ambition illusoire d’un devenir génial, et dignement au grand art. Oui, fabriquer une BD, un catalogue déraisonné, une véritable histoire de fous. Essayons, commençons donc par le commencement. D’abord être fou, du moins l’avoir été. Dans les salons parisiens ça reste de bon ton, à la campagne où je vis désormais, il ne faut pas le crier sur tous les toits. On me prend simplement pour un grand solitaire, avec ce qui va avec, par exemple, bon début, bonne entrée en matière, qui va faire scandale, m’attirer les foudres des braves gens, tant pis, exposons-nous, rendons hommage à Egon Schiele, à son audace, à sa nervosité : je me branle, je vais quitter la colonie, crénom, nom d’un chien, je suis perdu, foutu ! Tout fiche le camp, par tous les bouts, bigre, boum, crac, patatras, quelle chute, quelle honte ! Je cherche encore comment, pourquoi…

Deux angles

Fichier du 5 janvier 2006

Presque tous mes travaux sont réalisés à partir de photographies que je prends moi-même. Elles ne sont que la première étape de mon travail, mais ces photos ont leur existence propre. C’est le cas des portraits et autoportraits que je peins depuis plus de quinze ans, avec perséverance, et une passion de plus en plus vorace. Pour moi, rien n’est aussi intéressant que le visage. 

Parce que j’ai l’humeur vagabonde, je ne m’en tiens pas à un style toujours identique, qui s’impose par sa régularité, mais j’expérimente des manières différentes. Dès qu’une manière me réussit, je cherche ailleurs. Ainsi j’ai abandonné les autoportraits à la laque industrielle, troués, morcelés, pour les huiles fines tachées de pigments, et j’ai faire suivre les monotypes grands formats, par des acryliques de formats réduits. La dernière série, qui s’est amorcée au début de 2005, les autoportraits dans un bol de café, j’aime à dire, à moitié comme une plaisanterie, à moitié sérieusement, qu’il s’agit d’une première dans l’art de l’autoportrait.A supposer que je ne laisse pas de traces, j’aurai du moins fait avec ces peintures une petite vague à la surface de la fontaine où Narcisse, etc… Mais l’autoportrait déborde à mon avis le cadre très circonstancié de la légende de Narcisse, et en retour le portrait est parfois une façon de se peindre. Passons.

Il y a longtemps, mes travaux relevaient de ce que Dubuffet appelle l’art brut, une de ses inventions, pas la meilleure je le crains. Je ne renie pas cette partie de mon travail, même si j’ai renoué avec un métier plus savant. C’est le même état d’esprit qui conduit mes recherches d’aujourd’hui, esprit de révolte, j’y tiens, de découverte, pourquoi pas ? et certaines folies du temps de ma jeunesse continuent de faire leur petit bonhomme de chemin dans ma vie comme dans ma peinture, folies dont heureusement je ne viendrai jamais à bout.

Maintenant je rêve d’une exposition où mes travaux seraient accompagnés de texte. Cela me plairait. A la fois parce que ça donnerait à l’ensemble un petit air contemporain (pourtant les mots et les images ont une longue histoire en commun), mais aussi parce que de plus en plus souvent mes envies de peinture prennent d’abord forme avec les mots, comme si les mots rendaient les choses plus faciles. En réalité, le bavardage des mots et le silence de la peinture, ça ne cesse pas de gripper et d’emballer la machine. J’essaye de m’en accomoder, comme je cherche en peignant, à établir un contact immédiat, fulgurant si possible, avec le réel.

Francis Bérezné.    

CV

Je suis né à Paris en 1946. Après mes études aux Beaux Arts de Paris, j’ai enseigné dans cette école comme chef de travaux pratiques. Je l’ai quittée dans les années soixante quinze, pour animer et créer des ateliers avec des fous et des autistes. J’ai entrepris des études de lettres au début des années quatre vingt, et j’ai obtenu un DEA de lettres modernes.

Aujourd’hui je vis et je travaille en Normandie.

J’écris dans une langue morte

Fichier du 25 août 2008

Évidemment j’aurais voulu apprendre la langue des oiseaux par exemple, plutôt que le latin, mais mon frère aîné ayant jugé que ses deux cadets devaient recevoir une éducation classique et faire leurs humanités, à l’âge et au temps où les garçons portaient des culottes courtes, j’ai commencé par trébucher sur le massif de la première déclinaison, rosa, rosae, rosam, vous connaissez peut-être…

      J’ai étudié avec tout le sérieux dont est capable un lycéen rêveur, sans céder plus que de raison aux traductions bon marché qui permettaient de bâcler à toute vitesse une version. Au début j’ai mis à contribution mon frère Guy, qui me précédait d’une classe, jusqu’à ce qu’il se fâche pour de bon, en râlant qu’il avait du grec à traduire et bien autre chose à penser, figure-toi. Je me suis donc retrouvé seul à démêler ces constructions bizarroïdes, étranges, absconses, obtuses, préfabriquées pourquoi pas, ne manquant pas d’adjectifs pour les apprivoiser, et à chaque nouvelle difficulté, le temps de reprendre mes esprits, de comprendre de quoi il retournait, la liste y passait en entier à voix haute, aussi comme des jurons lancés contre ces devoirs qui n’en finissaient pas, contre ce frère qui me laissait tomber, une liste qui s’allongeait après chaque version. Si ce procédé avait le don de mettre mon frère en colère, au moins je découvrais les plaisirs de l’énumération, je savourais le goût âpre de la répétition, celle qui travaille certains textes en surface, profondeur, hauteur et dans les grandes largeurs comme je le disais à mes copains, très fier d’avoir repéré ça. L’habitude d’identifier le verbe à la fin de la proposition principale était devenu une seconde nature, et « j’allais voir dans le Gaffiot », selon l’expression en usage, aussi souvent que les collégiens d’aujourd’hui naviguent sur la toile. Même dans la conversation j’avais pris le pli de quelques joyeusetés du genre, non seulement mais aussi, et à entendre dans ma bouche une sorte de balancement rhétorique, il arrivait qu’on se moquât de ma prétention. L’habitude de remettre de l’ordre dans les mots après les avoir constamment déplacés, le lent travail de la traduction a laissé des traces qui ne s’effaceront pas, et si je pense aujourd’hui qu’il faut toujours pour écrire prendre la distance d’une autre langue, c’est dans mon cas celle du latin. D’autres qui n’ont pas eu la chance de devenir un latiniste distingué, un angliciste réfractaire, comme je me présentais avec orgueil et dérision, qui n’ont pas eu la chance de faire des études, trouvent cette langue étrangère dans les faits divers du journal, au matin sur le zinc d’un comptoir, et par là, même si j’y crois dur comme fer, j’avoue ne pas savoir ce que je veux dire…
      Peut-être ceci, à propos de l’hôpital et de quelques mots dont il me fallu guérir. En ne pensant qu’au lendemain, jour de linge, je regardais par la baie vitrée de ma chambre un arbre s’étioler encore un peu plus dans la poussière de l’après-midi, sans imaginer qu’un spécialiste me proposerait un jour de « faire une fenêtre », ce qui signifie dans le jargon de la psychiatrie alors à la mode, je le savais mais j’ai fait l’innocent, interrompre un traitement rien que pour voir. Ou rien que pour sauter par la fenêtre, me suis-je demandé ? J’ai donc refusé, réalisant aussitôt que mon psychiatre n’entendait rien à ce que je lui racontais, qu’en retour je faisais l’imbécile, quoique nous parlions tous les deux en français, quoique dans cet affrontement qui ressemblait fort à un dialogue de sourd, nos deux paroles se soient nourries réciproquement. Il n’a pas insisté, mais le poids de sa « fenêtre » à pesé sur moi pendant un certain temps, ne pouvant plus regarder par une fenêtre sans craindre de mourir fou.
      Est-ce que je dois à ce malentendu, à ce léger traumatisme si j’ose dire, d’avoir commencé Dans l’Île par un regard à travers une fenêtre ? et dans la phrase qui l’évoque d’avoir fait l’économie du verbe ? Toujours est-il qu’en écrivant ce texte sur la mélancolie, en descendant à nouveau dans ses gouffres, j’étais obsédé par les substantifs, alors que je me serais volontiers passé des verbes, un fantasme où il faut voir une tendance mortifère à ne rien faire, une envie de néant, un désir de langue morte. En tout cas je permutais alors les mots de mes phrases, cherchant la bonne combinaison, l’ordre parfait, comme je jonglais autrefois avec les sujets-verbes-compléments d’un texte latin. À cet époque, il arrivait aussi que mon angoisse de ne pas trouver le verbe, ou d’avoir confondu un verbe et un substantif, se nouât de je ne sais quelle autre angoisse d’adolescent, et je m’imaginais alors avec plaisir et terreur écrire un jour un texte sans verbes, sans substantifs, sans adverbes non plus, sans angoisse, sans rien, où tout le monde y perdrai pour toujours son latin.
      A présent que Dans l’Île est achevée depuis quelques années déjà, qu’il s’agit de l’accompagner de dessins, que j’ai remonté la pente en écrivant, en lisant, en habitant une maison à ma taille, en peignant dans un petit atelier qui m’appartient, que je ne serai bientôt plus fou mais retraité, comme mes revenus en témoigneront, maintenant que je verbalise un peu trop à mon goût, que je n’hésite plus à poursuivre une phrase sans avoir peur d’aller où elle m’emmène, on pourra dire que je suis guéri en quelque sorte, mais de quoi ? De l’hôpital il semble bien, d’errer dans le couloir, et d’attendre que la porte de la lingerie s’ouvre enfin, que mon tour arrive, que je puisse demander poliment, excessivement, outrageusement, ostensiblement, mon linge propre de la semaine à l’infirmière qui s’occupait de ça, n’ayant que ça pour lui faire admettre qu’il me déplaisait souverainement qu’on me prît pour un gamin, ou pour un fou, furieux qu’on m’humiliât une fois de plus. Brave, elle devait l’être, car je faisais durer ce moment le plus longtemps possible, m’arrangeant toujours pour réclamer chaque nouvelle pièce bien après qu’elle m’en eu déjà remis une. Donnez-moi s’il vous plait madame un pantalon de pyjama, ce qu’elle faisait en me souriant, et madame une veste de pyjama, et un slip, et un maillot de corps, et deux taies d’oreiller, et madame un drap, et un autre drap, et un mouchoir, et s’il vous plait madame encore un autre mouchoir de plus si vous le voulez bien, accumulant les « et », faisant des manières jusqu’à ce qu’elle en ait visiblement marre, une manière, que je croyais civile, de faire marcher une blouse blanche entre des murs où il fallait marcher droit, une façon d’équilibrer un chouïa les pouvoirs.
      Ainsi dans mon premier texte sur l’hôpital j’ai mis en avant les « et » ( en latin on peut ajouter « que » au mot suivant ) sur le mode de l’incantation, de la profération, exactement comme les pièces de linge s’empilaient sur mes bras. Dans l’Île au contraire j’ai voulu les atténuer, ayant même envisagé de les gommer tout à fait. C’est qu’entre temps j’avais lu une sorte de manuel du beau style qui conseillait d’utiliser cette conjonction de coordination avec parcimonie. Bien écrire n’était pourtant pas mon seul souci. L’extrême dénuement de ma vie sur l’île, la déliaison où j’avais fini par sombrer, que je voulais restituer par l’écriture vingt cinq ans plus tard, m’incitait naturellement à remplacer les « et » par une invraisemblable quantité de virgules, ce qui donne à ce texte un caractère chaotique, haché, difficile à suivre certainement. J’aurais pu mettre une virgule entre chaque mot, sans nuire à sa lecture, je ne m’en serais pas privé, ce récit aurait alors eu paradoxalement l’allure de ce que je croyais savoir des parchemins latins, où les mots ne sont pas séparés paraît-il, un machin totalement illisible. En essayant de me guérir d’un excès de « et », je crois bien y avoir mis tant de zèle que je suis redevenu fou, car il me plaît d’expliquer ainsi le délire que j’ai connu de nouveau.
      Au plus profond de la confusion et de la mélancolie, gagné par un délire morbide, je n’ai plus eu d’autres solutions pour survivre que de commencer à écrire un autre texte, où je m’imagine parler par la bouche d’un philosophe célèbre qui s’est suicidé il y a quelques dix ans. En me disant intérieurement, tant qu’à rencontrer dans la rue ou dans le métro des morts célèbres, tant qu’à risquer de me prendre pour un autre, prenons plutôt les devants, prenons nous pour un mort qui fut quelqu’un de bien, j’ai mieux résisté à mes démons qu’en racontant ma vie de squatter saisi par la mélancolie. Pour un long moment dans la peau de ce philosophe au style étourdissant, j’ai retrouvé un peu de confiance en ma capacité à construire des phrases qui vont je ne sais où. Autrefois j’éprouvais un sentiment analogue en traduisant certains auteurs latins, quand je m’interrogeais sur une phrase compliquée, difficile à traduire, mais où va-t-il celui-là ?
      C’est également la question que je me posais à propos de Marcel M. un type qui avait une chambre pas loin de la mienne, dans cette grande usine à fous où je me suis attardé plusieurs années, alors que beaucoup d’autres se demandait surtout ce qu’il fichait là ? Il écrivait visiblement, quoique se prétendant ingénieur, mathématicien, travaillant sur une machine étrange, moderne, lumineuse, portative, un micro-ordinateur crânait-il, répétant à l’envi qu’il n’arrivait pas à trouver la solution de son problème. Il n’est pas resté plus de quelques semaines. Après nous avoir offert le champagne il a disparu de mon champ d’existence pour réapparaître un jour à la radio, parlant d’un bouquin de lui qui venait de sortir, et j’ai l’impression que tout ce que je viens d’écrire, il en parlait déjà à peu de choses près dans les mêmes termes. Ah le salaud, le jean-foutre, il serait venu jusqu’en enfer me voler deux trois mots, deux trois idées. Blague à part, nous avons eu une conversation sérieuse, mais j’ai oublié ce qui s’est dit.

Peintures

FICHIER DATÉ DU 4 AVRIL 2005

XAVIER DRONG

Dire, ou peindre comme Xavier Drong, avec autant de naïveté et d’aplomb que la peinture c’est de la merde, au mieux du sexe, n’est pas sans charme. Les formes organiques, étrons violets sur le point d’être expulsés, ou sexes se compénétrant dans des couleurs de bonbons roses, verts et jaunes, ont ceci de fascinant qu’ils ne se peuvent voir dans la réalité à moins de disséquer les corps, ou de considérer qu’on est seulement en présence de légumes, courgettes, aubergines et poivrons jetés en vrac sur la table d’une cuisine. Cette référence aux images anatomiques ambiguë car aussitôt démentie, et le format inhabituel pour ce sujet, les toiles sont plutôt grandes, déplace de façon séduisante la question du corps vers des régions heureuses, mais plus alimentaires que celles qui hantent ses aînés, tourmentés par les horreurs de la guerre, la violence du monde et les angoisses de la sexualité.

CONVERSATION AVEC MON VOISIN

    Mon voisin n’entend pas rien à la peinture, d’ailleurs il a souffert un peu du bruit, pas trop, quand j’ai construit mon atelier. Il a perdu aussi une vue imprenable sur une rangée de peupliers, mais de chez lui on aperçoit encore le haut des frondaisons par dessus mon toit. Tout le monde sait que le manque est le moteur de la création sinon l’angoisse. Pourtant il néglige obstinément l’art, pour déléguer à sa nièce, me raconte-t-il, le soin de représenter le monde. Elle a étudié deux ans à l’école des Beaux Arts, depuis en épousant un pâtissier est devenue pâtissière. Quel magnifique destin pour une artiste que de triturer des pâtes, de glacer du sucre, de monter des pièces. Depuis encore, car elle a été expulsé de sa pâtisserie, les peintres ont toujours de ces galères, elle s’occupe de charolaises, et pour ne pas perdre la main ni s’empêcher de faire valoir ses talents elle décore des bidons de lait. Il faut voir l’enthousiasme de mon voisin quand il me décrit les lignes de fuite qui concourent vers la ferme universelle, qu’elle a sans doute intensément rêvé, reproduite par ses soins sur des objets non moins modernes qu’un urinoir. Elle peint donc ce qu’elle sait, et tout le monde ne peut pas en dire autant. De plus elle ne prend pas trop cher. Combien ? Pas trop cher. J’imagine déjà une formidable exposition, installation de bidons de lait dans les salles immenses de Beaubourg, ou bien un grand tableau, le seuil d’une porte donnant sur un chemin, un champ de blé, quelques corbeaux, et à demi caché par le chambranle, le bidon de lait, son trompe l’oeil paysan. Voila une mise en abîme, une manière de dérision, qui réjouirait plus d’un critique. Mais fort heureusement je n’ai pas vraiment  les moyens de satisfaire mes idées stupides.

EN BOURGOGNE NOUVELLES D’ITALIE

Chez des amis en Bourgogne qui ont là-bas une très belle maison et un jardin qu’il faut voir, je trouvais accrochés au dessus de la cuisinière, puis dans une chambre près de la fenêtre, enfin dans un couloir, quelques petits tableaux, des paysages, des vues de parcs si fraîches, si intelligemment colorées, que j’en faisais la remarque à mon amie. C’est une vue du parc de Sceau me dit-elle, et non d’Italie, comme on pourrait le penser. Je la crus volontiers, mais à y repenser je me dis que seul un Italien ou une Italienne pouvait poser des couleurs de façon aussi intelligible. Les verts étaient si heureusement distribués, et les jaunes, les gris, les bleus, et toutes les couleurs si ressemblantes, qu’on identifiait sans la moindre hésitation les pelouses et les parterres de fleurs, les arbres et les haies, les balustrades, les constructions et les statues. Pour avoir vu une jeune étudiante Italienne travailler à reproduire, à interpréter aussi des peintures anciennes, et qui m’avait étonné par son habileté et son assurance, sa droiture à tout bien signifier le plus simplement du monde, je veux imaginer devant ces petits tableaux d’un jardin de France qu’ils sont de facture italienne. Dans un pays où l’histoire de l’art est une seconde nature, il est normal que le plus modeste des étudiants, la plus naïve des étudiantes, le plus simple artisan sache tenir un pinceau clair et limpide.

ART CONTEMPORAIN

    Je n’ai jamais désespéré de comprendre quelque chose aux fondements de l’art contemporain, C’est France-culture qui m’éclaira, en particulier Nathalie Heinig que je ne connaissais pas, qui voulu bien entretenir les auditeurs un jour de cet art. Elle voit dans l’histoire de l’art une succession de genres, le dernier en date, le genre contemporain consacré à l’expression des limites, venant après celui de l’art moderne tout entier tourné vers la peinture du monde intérieur de l’artiste. Du coup cela me paru lumineux, comme une ouverture enfin sur les productions d’aujourd’hui, je ne dis pas toutes. Et je comprenais que cette démarche était justifiée, l’artiste après ne s’être jamais oublié, comme voyant son monde intérieur en peignant, ses mains qui tiennent le pinceau, ses pieds croisés quand il est assis et l’ombre de ses sourcils quand il doute, s’affranchissant enfin de ces limites. Le voilà qui donne alors à voir des formes précises aux limites tranchées et franches, mais dont les séries pourraient s’étendre dans tous les sens si l’espace de l’art en soi n’était pas compté. La répétition de ces formes et de ces séries, lassante à la longue je n’en démordrai pas, comme un effacement des repères d’espace et de temps, comme le refus de laisser paraître aucune variation d’humeur, aucune perturbation venue du monde intérieur ou même extérieur. Et nous serions, me dis-je un peu de mauvaise foi, revenus au point de départ. Les limites inévitables de ces oeuvres signifiant comme jamais on ne l’avait fait auparavant les limites de l’artiste, et celles de son monde intérieur. Peut-être l’Art contemporain arrive-t-il à un moment où l’homme commence à penser les conditions de sa pensée plus exactement aujourd’hui, entrevoit que cela peut se faire scientifiquement jusqu’à un certain point, et pour mieux voir où se trouve ce point, suppose en préalable une absence de limites. Il y a là un effort que j’apprécie aujourd’hui, dont je vois l’intérêt, dessinant un horizon lointain que je pourrai un jour tenter d’atteindre, si la vie et les événements m’en laissent le temps.

BUREN

Les rayures de Buren et les dessins sur la façade du Dôme de Florence ne sont pas sans rapport, je vais vous dire lequel. Alors que les églises étaient peintes à la Renaissance de fresques sur leurs murs intérieurs, ou décorées de tableaux, l’extérieur était souvent orné de motifs architecturaux géométriques, motifs simples et variés pouvant embrasser l’architecture entière. A voir les colonnes de Buren au Palais Royal, l’alternance des ardoises noires et d’un aggloméré clair façon comblanchien, je me souviens des motifs contrastés du Dôme et d’autres architectures Florentine. Tout le monde sait que les musées sont les églises d’aujourd’hui, et que les installations in situ sont leurs icônes, leurs ornements, leur prolongement, leurs antennes, leur raison d’être, leur justification, s’accommodant parfois sans problème de la vitesse et de l’éphémère, ne durant pas plus longtemps qu’une voiture ou qu’une machines à laver, moins longtemps encore, ne laissant d’eux aucune trace, sinon leurs photos. Voici l’art ne voulant plus rien connaître de l’instinct de durer, intériorisant le dehors, extériorisant le dedans, devenant enfin totalement intelligent de ses problèmes, se confondant aussi avec les solutions. Et pourquoi pas ? Sauf que Beaubourg exhibe en façade son squelette et ses viscères, un peu comme les insectes auxquels on ne peut pas reprocher de ne pas vouloir durer, sauf que les colonnes de Buren sont là pour longtemps et tant mieux.

Carmantrand par Bérezné

FICHIER DATÉ DU 6 AVRIL 2006

Au fur et à mesure qu’il avance dans ses recherches, la peinture recule devant lui, un peu soumise, un peu colère aussi, mais très contente finalement d’être traitée à sa manière. Cela vient sans doute de son excessive politesse, de sa réserve, et de son exigence, qui lui sont comme une nature première. Ainsi j’ai vu, une toile venant après l’autre, la couleur se retirer pour laisser place à de grands entrelacs blancs, à des courants d’air, à des sillons sauvages plutôt qu’à des plages. Et j’ai de mes yeux vu, la couleur traverser ces chemins creux à grande vitesse. L’arrachage, sa toute dernière technique, qui lui demande un vrai effort physique, c’est un peu y aller voir dessous, derrière, de très près. Sous la peau ? Derrière le miroir ? A l’intérieur des plis ? Et de quoi, de qui s’arrache-t-il ? D’ailleurs, s’il s’agit de ça, c’est heureusement ponctué par de grands éclats de rire, des taches qui nous en font voir de toutes les couleurs. Du coup, par contagion,  par mimétisme, la toile se marre, se tient les cotés, le cadre tremble, fait vibrer la surface. Il est évident qu’à lui fait dire Sa Vérité, elle ne le prend pas mal la peinture, elle s’interroge simplement sur son devenir.

Andy Warrol

FICHIER DU 18 AVRIL 2009

Lettre sur Andy Warhol

Cher Monsieur René Schérer,

La lecture et la relecture de votre texte sur Andy Warhol, « empreintes et diffraction », la visite de l’exposition au grand palais, et une conversation avec un ami m’ont donné à penser ceci, rudimentaire, carré, qui vient d’un peintre qui en sait plus sur les moyens plastiques mis en œuvre que sur la philosophie, même si votre texte m’a beaucoup plu et beaucoup intéressé, et n’a pas fini de m’interroger comme on dit. Ceci donc, que je me permets de vous envoyer :

Il faut voir le film où Andy Warhol étale de la couleur sur une toile au sol, pour comprendre à quel point son geste, « élan et retenue », est bien celui d’un grand peintre, et non celui d’un excellent graphiste, même si ses portraits empruntent au domaine graphique les surfaces de couleur unie, l’absence de modelé, la trame sérigraphique des traits du visage, le très léger décalage du noir et de la couleur. J’aime à penser qu’il s’agirait d’une métaphore, le transfert du genre graphique dans le domaine du portrait peint, comme Arcimboldo, éminemment baroque, transfère la nature morte dans le portrait.

Qu’est-ce qui séduit autant les gens de cour, plus encore que les gens de pouvoir dans ce genre de métaphore. Serait-ce seulement le coté typique, mais avec une valeur quasi universel : les gens d’Hollywood, les créateurs de mode, les dix juifs importants. le coté tout en surface, futile mais naturellement profond, le coté toujours pareil, mais la conviction (aujourd’hui) de ne pas regarder le portrait de n’importe qui. « L’authentique Marilyn sous le stéréotype ».

Mais ce qui me paraît ouvrir à d’autres considérations, en tout cas concerner directement la représentation du visage, c’est le caractère à la fois combinatoire et délié de ces portraits. Je dis combinatoire faute de mieux.Combinatoire d’un rouge, d’un bleu, d’un vert, d’un jaune, qu’on organise, qu’on distribue différemment dans chaque portrait, mais par le même processus de fabrication, la trame d’encre noire ( la photo, l’objectif, les traits, la distance) sérigraphiée sur les couleurs ( les chairs, les fonds, le tactile, le proche), ( ou la couleur posée sur la sérigraphie, je n’ai pas bien compris comment il procède exactement) ces deux registres, gestes du peintre et reproduction mécanique, liés et déliés. (mais, pour faire exception à la règle, couleur et trame sont confondus ou abolis dans certains autoportraits, et dans certains portraits de Basquiat auxquel il réserve le même traitement : rien que le noir du visage sur un fond uniment coloré). La combinatoire et la déliaison faisant que chaque élément du visage possède à la fois une grande autonomie et une grande dépendance à l’égard des autres éléments du visage. D’où la redoutable efficacité des portraits de Warhol, un peu terrifiante, inhumaine ou trop humaine, les visages reconstitués et aussitôt déconstruits, ce mouvement sans cesse donné dans l’instant même de les voir.

Je pense aussi à Töpffer, à son  « Essai de physiognomie », à sa théorie d’une combinatoire des traits du visage, et à ce qu’il dit de l’expression et de la ressemblance, d’autant plus fortes qu’elle sont à peine suggérées, à peine marquées, parce que chaque trait a été mis en relation étroite avec d’autres traits. Et cette aptitude, cette incroyable faculté d’un trait sans pertinence, impersonnel, à devenir remarquable, pertinent, parce que simplement et subitement pris dans une structure ou dans une série cohérente (mais par quel mécanisme autre que ce caractère structural, sériel, peut-être celui d’un lieu toujours vide, toujours vacant, pourquoi pas celui d’un visage originel, où l’on n’aurait jamais cru se trouver), serait le moyen plastique mis en œuvre par Warhol pour nous montrer ce que le visage a de singulier, de toujours autre, toujours changeant, en l’exhibant cependant (en le surlignant) comme (un) simple individu, presque reproductible, sans plus d’identité que mondaine. Lui donnant aussi une dimension sacrée, d’icône, par l’absence du modelé et l’enchassement dans un fond uni, plat, comme d’or ou d’argent. 

Quant au caractère profane de Warhol, boite de soupe ou coca-cola, société de consommation, ou sa critique, ça ne me fait pas plus chaud ni froid que les ready-made de Duchamp, dont je ne pense rien, et ne veux plus rien penser d’autre qu’y voir un retour massif du sacré, ( beaucoup plus que ça n’est, le presque rien comme expression ultime de l’art ) mais un retour au pire du sacré, le religieux, et le pire, celui des reliques, comme aux temps où le premier truc venu était un vrai morceau de la croix, le corps du saint en personne ( on en trouvait autant que d’urinoir et que de pelle à neige… ), du seul fait qu’il était considéré comme tel, suffisamment cher, et en bonne place dans l’église, pourquoi pas le visage de Duchamp, imprimé sur la vraie-ment-autre-icône au moment de sa mort et de sa résurrection, caché, exhibé certains jours, conservé et reproduit à l’infini dans les cathédrales d’aujourd’hui, les musées, où l’on va comme autrefois on allait en famille à la messe du dimanche. J’ai certainement tort, et ma colère est déplacée, mais je m’en fous, j’ai aujourd’hui la nette impression que les sommes esthétiques post-modernes exigent de moi comme un acte de foi, ou du moins s’interrogent surtout sur la nature d’un acte de foi sans dieu…

Non, je n’ai pas eu le même vertige devant le visage du christ, répliqué comme à l’infini…Pas plus que devant ses guillotines, ses accidents. Pour être méchant, je dirais que le vertige que j’éprouve alors relève d’un tournis dont on se souvient longtemps.

Je reviens plutôt à ce « plus » auquel vous aviez substitué un « moins », par quoi vous commencez votre texte, où je vois chez Warhol une économie de moyens devenant un surcroit d’efficacité, un procédé répétitif produisant un excès de présence et de singularité, par quelles vertus ? En tout cas on est effectivement saisi devant les portraits de Warhol, pour autant qu’on ne les rejette pas à priori, par je ne sais quoi qui résiste très fort aux mots, qui leur est irréductible, bien sûr, comme toute peinture, mais aussi qui les bouleverse. La fulgurance de ce genre de métaphore visuelle, dont l’effet serait comme d’inverser les signes et les catégories, nécessairement, et sans rien laisser au hasard. L’expression d’une nécessité extérieure, que le peintre s’imposerait comme un exercice spirituel, mais pour gagner quel salut ? (« le vide et le stupide d’hollywood sur lesquels j’ai voulu modeler toute ma vie… » peut-on lire sur un mur du grand palais), entendue aussi comme toute de surface, et arbitraire.

Vous écrivez que les portraits de Warhol sont un agencement entre « mur blanc et trou noir »,(je n’ai pas assez de savoir philosophique pour bien saisir ce que veut dire « subjectivité sans fond ») selon l’expression de Gilles Deleuze, mais il me semble que Deleuze y oppose « le visage comme paysage », ceux de Francis Bacon en particulier, d’une manière générale ceux des expressionnistes. Bacon qui organise la désorganisation du visage, qui refuse toute combinatoire, toute programmation sinon celle de l’intervention du hasard. Sans ignorer la métaphore, mais différemment : Bacon refléchissant sur la peau d’un rhinocéros pour mieux peindre la peau humaine. On aurait affaire à deux types de métaphores. L’une à l’intérieur même des arts visuels, entre genres différents (entre Warhol photographe-graphiste-peintre). Endogène, si l’on peut dire. D’où les limites mais le vertige, comme de mise en abîme, qu’elle provoque, d’où le caractère autoréférentiel et sacré de l’icône, d’où la complaisance envers l’image pour résister à l’image, d’où l’asepsie pour plus de sensualité.

L’autre type de métaphore serait celle de Francis Bacon revisitant à sa manière la peinture d’autres peintres, utilisant les photographies de Muybridge, référant au récit avec ses triptyques ( même s’il s’en défend ), plutôt qu’à la répétition, transférant un domaine de la réalité dans un autre domaine de la réalite, le visage comme paysage, le corps humain comme viande. Métaphore exogène. D’où sa violence sans doute, d’où l’hystérie d’une peinture « touchant directement les nerfs », comme l’écrit Deleuze, et visant le réel. D’où son peu d’ambiguité, son peu d’efficacité mais son immédiateté et sa complexité. (D’où les moyens non ressemblants, quasiment abstraits, pour atteindre la ressemblance, là où Warhol utilise le signe stéréotypé). D’où encore, et pour longtemps sans doute, je le crois, l’expression d’une nécessité intérieure. C’est à dire le refus d’une « démarche », comme ils disent, immuable, systématique, bientôt quantifiable, brevetée, et pourquoi pas cotée en bourse, de celle qui se vend à coup sûr, que les institutions et les marchands d’homme nous réclament à corps et à cris aujourd’hui, et à grands coups de dossiers. Il faudra, hélas, peut-être que j’en passe par là, par les dossiers et une lisibilité, par une visibilité en tout cas, j’ai même déjà commencé et je m’y emploie activement, je l’avoue, car j’en ai un peu marre de résister toujours, de la solitude du peintre qui se prend à tort pour Van Gogh, ou pour Bacon, ou pour un génie, et qui se désespère de ne pas l’être, j’en ai marre de perdre pour que la peinture gagne, de mon humeur vagabonde…

Enfin le format des portraits de Warhol. Pour la première fois, le format de l’écran (cinéma et télévision) dans la peinture, par les moyens de la reproduction sérigraphique. On se trouve toujours dans le cas d’une métaphore endogène, (Warhol cinéaste-peintre, peintre-cinéaste), alors que Bacon transfère (est-ce au même moment ?) le photogramme du cri d’une femme (le cuirassé Potemkine), dans la figure du pape de Velasquez, selon sa propre manière, dans un format traditionnel de peinture. Exogène. Bacon qui trouvait le pop art « pauvre et sans intérêt », et qui visait évidemment Warhol ; mais les peintres entre eux…

Car je suis peintre, et la métaphore ( notion dont je devine bien toutes les limites, mais en quoi exactement ? et par quoi, et par où en sortir ?) agit souvent ma peinture. Il est prévu que j’exposerai en octobre de cette année ou en janvier prochain au 125. J’exposerai des portraits d’amis et d’amies, où je pense et peins en effet le visage comme un paysage. En attendant je me réjouis de publier dans Chimères, pour le numéro 70, un petit récit sur La Borde, en compagnie de votre texte, pour lequel je me suis proposé auprès de la liste d’en vérifier la frappe, sinon l’ortographe.

Voilà, amicalement, respectueusement,

Francis Bérezné.

Autobiographie

Je suis né à l’hôpital Beaujon, à Clichy-le-Garenne, un an après la fin de la Deuxième Guerre mondiale. C’est dire que ma vie est marquée par la joie de vivre qui éclate après ces terribles années, par le désespoir qui naît des horreurs qu’on découvre à ce moment, et par l’angoisse de mes parents, qui ont vécu quatre ans dans la peur.

J’ai commencé à peindre très jeune. La première huile que j’ai faite à onze ans, est une toile qui représente la Sainte-Victoire depuis les terres rouges de Baurecueil, où j’ai passé plusieurs années de suite mes vacances de Pâques.

Devant le goût que je manifeste pour la peinture, et une certaine habileté, mon père m’inscrit à l’atelier des moins de quinze ans au Musée des Arts Décoratifs. Très vite je serai orienté sur l’atelier de modelage, où je fais preuve d’un certain talent. Mais j’aurais voulu continuer à peindre.

Je pratiquerai la sculpture encore longtemps. Comme assistant de Valentine Schlégel, céramiste et sculpteur, comme enseignant aux Beaux-Arts de Paris dans les années soixante-dix. Mais en 72, après une bouffée délirante, je deviens fou. Je veux dire que je connaîtrai vingt ans d’errance, de misère, et d’hospitalisations diverses.

Les choses iront mieux pour moi au début des années 90. Je retrouve un atelier où je reprends mes recherches picturales de façon continue. En même temps je poursuis des études de lettres à l’Université.

En 2003, je m’installe à la campagne, où je vis et je travaille aujourd’hui.

J’ai notamment exposé à l’espace Concept, à Villejuif, dans la galerie Trafic, à Ivry-sur-Seine, et aux ateliers de la vis sans fin, à Sainte-Anne-la-Palud.

J’ai publié quatre livres à La chambre d’échos, entre 1999, et 2006. La mémoire saisie d’un tu, Le dit du brut, La vie vagabonde, et J’entre enfin. Un cinquième est prévu pour 2010.

Par Jean Fournié

Pour Francis Berezné / Jean Fournié

Publié 5 novembre 2010 dans Agora

J’ai rencontré Francis dans les années 1964, 65 à Paris. Depuis lors, à travers les vicissitudes de nos vies respectives, nous n’avons pratiquement jamais cessé de nous voir, entretenant un compagnonnage, une complicité intellectuelle et affective qui ne s’est jamais démentie.

On peut dire que nous étions témoins l’un de l’autre.

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